Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Comprendre La Voix Des Enfants Comme Un Enjeu Éthique Et Démocratique

Redonner Sens À L’Écoute Comme Acte De Société

Pourquoi intégrer la voix des enfants dans les décisions publiques est essentiel pour une société plus juste et inclusive

Lorsque je réfléchis à la place accordée aux enfants dans nos décisions publiques, je prends conscience d’un paradoxe persistant. Nous affirmons volontiers que leur avenir compte, mais leur présent reste souvent ignoré. Pourtant, la parole des enfants n’est pas une projection vers demain : c’est une réalité vivante, profonde et légitime. Elle révèle un regard neuf sur nos choix collectifs et rappelle, avec une forme de simplicité désarmante, ce que nous avons parfois perdu de vue. Comme l’écrivait Maria Montessori, « Les enfants ne sont pas des vases à remplir, mais des sources à écouter ». Cette phrase continue de guider ma compréhension d’une société qui souhaite réellement devenir plus juste.

Je constate que la participation des enfants aux décisions publiques existe déjà, mais de manière limitée. Les conseils municipaux de jeunes, par exemple, offrent un espace d’expression, mais restent souvent consultatifs. Leur parole n’influence que marginalement les politiques locales. Cette sous-représentation interroge notre volonté réelle d’inclure leur perspective. Dans les écoles, des projets participatifs émergent, mais ils demandent des outils pédagogiques adaptés à chaque âge. Accompagner un·e enfant dans l’expression de ses idées ne signifie pas le ou la simplifier : cela signifie créer un chemin compréhensible et accessible.

Certaines initiatives montrent toutefois que l’écoute n’est pas un objectif lointain. Dans plusieurs communes, des ateliers délibératifs permettent aux enfants d’exprimer leurs préoccupations : les espaces verts, la sécurité, le bien-être à l’école. Lorsque l’on prend le temps de les écouter, leurs propositions révèlent souvent une grande pertinence. Mais il demeure un risque important : celui de les placer au cœur d’un dispositif symbolique, où leur parole sert davantage d’affichage que d’action. Cette instrumentalisation silencieuse contredit l’éthique de responsabilité qui devrait guider toute démarche participative.

Pour comprendre ce qui entrave encore une implication plus forte, je sens la nécessité d’une introspection collective. Nos habitudes d’adultes peuvent nous pousser à minimiser les idées des plus jeunes, parfois sans même nous en rendre compte. Écouter suppose d’accepter de ralentir, de prêter attention autrement, d’accueillir ce qui bouscule. C’est un exercice d’humilité. Dans cette dynamique, je vois les enfants comme de véritables partenaires de réflexion. Leur regard, souvent moins encombré d’intérêts ou de stratégies, peut éclairer les choix que nous hésitons à faire.

D’autres pays montrent qu’un modèle plus inclusif est possible. Dans certaines régions nordiques, les enfants participent régulièrement à des discussions sur l’environnement, l’urbanisme ou la vie scolaire. Leur parole ne remplace pas celle des adultes : elle l’enrichit. En France, quelques expériences locales s’en inspirent déjà. Elles rappellent qu’intégrer les enfants dans la vie publique ne signifie pas copier un modèle étranger, mais adapter des pratiques qui valorisent la confiance, la patience et le dialogue.

Peu à peu, j’en viens à penser que la véritable question n’est pas de savoir si les enfants peuvent participer, mais si nous sommes prêtes et prêts à les écouter. Écouter est un acte profondément démocratique. Comme l’écrivait Simone Weil, « La justice commence là où quelqu’un écoute quelqu’un d’autre ». Donner une place authentique aux enfants, c’est ouvrir un espace où la société se voit elle-même avec davantage de clarté.

En conclusion, reconnaître la parole des enfants, c’est affirmer qu’une démocratie se construit avec toutes ses voix. C’est un choix éthique, politique et humain. À nous de créer les conditions d’une écoute sincère, patiente et responsable. Et peut-être que, dans ce geste, nous apprendrons à mieux nous écouter les un·e·s les autres.

Sources

  1. Les Droits De L’Enfant Et Leur Mise En Œuvre, 2020
  2. Participation Enfantine Dans Les Collectivités Locales, 2021
  3. Perspectives Internationales Sur La Démocratie Participative, 2022
  4. Éthique De L’Écoute Et Justice Sociale, 2019

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