Permettre à chaque garçon de devenir un allié bienveillant
Entre résistances et espoirs pour une éducation égalitaire
Je crois profondément que grandir dans un monde plus juste ne doit pas être l’apanage des filles : il est urgent d’éduquer les garçons à la solidarité, au respect et à l’égalité. Car si « On ne naît pas femme : on le devient », comme l’a écrit Simone de Beauvoir, on ne naîtrait pas davantage homme dans son rôle social pré-déterminé. Réfléchir à l’éducation des garçons sous l’angle féministe, ce n’est pas seulement un enjeu intime : c’est un acte politique majeur.
Face aux modèles genrés encore très présents, il est primordial de comprendre où et comment les stéréotypes s’ancrent. D’abord, dans la famille, quand les jouets, les rôles domestiques ou les attentes affectives sont silencieusement répartis selon le genre. Combien de fois ai-je entendu : « Les garçons, ça ne pleure pas » ou « toi, tu iras en sciences, tu es un garçon » ? Ensuite, à l’école : malgré les efforts institutionnels pour l’égalité, la réalité reste médiocre – des choix d’orientation influencés par le genre, des manuels qui perpétuent des clichés, ou des enseignant·e·s non formé·e·s à déconstruire les biais. Enfin, la société dans son ensemble perpétue l’idée selon laquelle « la vraie masculinité » se mesure au pouvoir ou à la force – et la montée des discours masculinistes renforce cette injonction. Cette triple matrice familiale-scolaire-sociale constitue un cadre puissant de reproduction, encore largement méconnu ou sous-estimé.
Si les stéréotypes pèsent, ouvrir des pistes éducatives concrètes pour les parents est essentiel. On peut commencer par adapter notre langage : parler par exemple des « garçons » et « filles » sans supposer leurs goûts, leurs aptitudes ou leur avenir. Proposer des jeux non genrés, privilégier des lectures valorisant des garçons sensibles ou des filles scientifiques. À la maison, instaurer une répartition équitable des tâches domestiques – un petit frère peut ranger la vaisselle, une grande sœur bricoler – et expliquer pourquoi. On peut aussi se tourner vers des ressources fiables : guides parentaux, ateliers d’égalité, associations qui accompagnent les familles. Grâce à cela, les parents deviennent acteurs et actrices de l’éducation égalitaire, tout en intégrant les dimensions intersectionnelles – genre, classe sociale, origine, orientation sexuelle.
Mais l’éducation égalitaire des garçons ne peut pas se reposer uniquement sur les familles : l’école et les politiques publiques ont un rôle déterminant. Les enseignant·e·s doivent être formé·e·s en continu, les établissements dotés de référent·e·s « égalité filles-garçons », et les programmes comme « l’éducation à la vie affective et relationnelle (EVARS) » correctement déployés. Une école réellement inclusive implique que tous les élèves, sans considération de genre, puissent s’engager, questionner et refuser les codes traditionnels. À l’échelle politique, des mesures structurelles – financement renforcé des établissements défavorisés, création d’un observatoire des stéréotypes, formation initiale obligatoire à l’égalité – sont indispensables. Des pays nordiques montrent que des politiques volontaristes peuvent faire bouger les lignes.
Il faut aussi savoir répondre aux résistances, notamment celles portées par les discours masculinistes qui présentent les garçons comme victimes d’un « matriarcat » ou d’une « dictature du féminisme ». Ce récit peut sembler séduisant à certains : il renvoie à l’idée que l’égalité nuirait aux hommes. Mais l’analyse montre qu’il s’agit d’un repositionnement réactionnaire face aux transformations sociales. Pour contrer sans polariser, je propose un dialogue ouvert et non culpabilisant : reconnaître les fragilités, valoriser l’engagement masculin dans l’égalité, et déconstruire ensemble – sans stigmatiser – les injonctions toxiques liées à la masculinité. Cela permet de composer plutôt que de diviser.
En conclusion, élever des garçons féministes n’est ni utopie ni fatalité : c’est une démarche exigeante mais tout à fait réalisable. Elle demande une cohérence du cadre familial, un engagement de l’école et une volonté politique. Je crois que le changement est possible : pas seulement grâce aux familles, mais parce que nous agissons collectivement. J’invite chaque parent, chaque enseignant·e, chaque élu·e à se saisir de cette responsabilité. Il ne s’agit pas d’imposer un modèle unique, mais d’ouvrir des voies nouvelles pour que chaque garçon grandisse librement, avec respect et égalité.







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