Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Comprendre Le Sentiment D’insécurité En France : Entre Réalité Et Perception

Pourquoi Je Ne Parviens Plus À Faire Confiance Aux Chiffres

Quand L’expérience Intime Bouscule Le Débat Public

Je vais être franche : si j’écris aujourd’hui, c’est parce que ma vie quotidienne a changé. Je suis de plus en plus agressée dans la rue, surtout le soir. Plus souvent insultée, abordée sans ménagement, bousculée par des paroles ou des gestes qui me rappellent que mon corps, selon certain·e·s, serait une invitation permanente. Je ne parle même pas des nuits où je m’aventure en robe courte. Alors oui, quand j’entends que l’insécurité « n’augmente pas tant que ça », j’ai du mal à garder mon calme. Pourtant, mon engagement pour la vérité et la transparence m’oblige à regarder aussi les faits, même lorsque ceux-ci entrent en tension avec mon vécu.

Les chiffres racontent une histoire contrastée. On observe une baisse des vols, mais une hausse des violences physiques, y compris les homicides. Une évolution qui interroge : assiste-t-on à une transformation des comportements criminels ou simplement à un déplacement des priorités policières et sociales ? Les enquêtes de victimation, elles, affichent une stabilité globale. On y apprend que seulement 1,2 % des Français·e·s déclarent avoir été victimes directes de violences. Ces faits-là, dit Hannah Arendt, « sont têtus, mais c’est à l’interprétation qu’ils doivent leur poids ». Et je le reconnais : mon propre ressenti ne fait pas exception.

Mais pourquoi alors sommes-nous si nombreu·x·ses à ressentir une insécurité croissante ? Le rôle des médias et des discours politiques ne peut être ignoré. Le sensationnel fait vendre, le drame fait cliquer, la peur fidélise. Les chaînes d’info continue martèlent des récits alarmistes qui, répétés jusqu’à l’obsession, finissent par façonner notre perception du monde. Certain·e·s responsables politiques surfent sans scrupules sur ces émotions, préférant l’agitation à l’action. Je ne compte plus les discours où l’insécurité devient un outil électoral, un slogan prêt-à-paniquer plutôt qu’un sujet de politique publique.

À cela s’ajoutent nos propres mécanismes émotionnels. La peur est un raccourci cognitif puissant. Exposée chaque jour à des récits anxiogènes, je me sens parfois dépossédée de ma capacité à évaluer la réalité. Comment concilier cette vulnérabilité psychologique avec un débat public qui devrait nous éclairer au lieu de nourrir nos angoisses ?

Les disparités territoriales renforcent encore la complexité du sujet. On croit souvent les zones urbaines plus dangereuses. Mais dans certains espaces ruraux, l’isolement amplifie le sentiment de vulnérabilité. À l’inverse, certaines métropoles, plus éclairées, plus fréquentées, offrent paradoxalement un sentiment de sécurité relative. Les inégalités sociales jouent également un rôle crucial : là où la précarité prospère, la peur s’installe, nourrie par la sensation d’être abandonné·e.

Alors, que faire ? Éduquer, d’abord. Rendre les chiffres lisibles, les données accessibles, les analyses compréhensibles. Soutenir des initiatives citoyennes qui décryptent, contextualisent, apaisent. Et surtout, rappeler aux médias et aux responsables politiques leur devoir éthique : informer sans affoler, prévenir sans hystériser, protéger sans diviser.

Je ne nie pas mon vécu. Je refuse simplement de laisser la peur écraser ma pensée. Pour construire une société plus unie, nous devons accepter cette tension entre réalité statistique et perception intime, entre faits et émotions. Nos expériences individuelles comptent. Mais c’est ensemble, dans le dialogue, que nous pouvons espérer retrouver un vivre-ensemble apaisé.


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