Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Quand L’Europe Recule

Quand L’Europe Recule

Ma Réflexion Sur Le Sujet

Comment Le Lobbying Des Multinationales Et L’Union Des Droites Menacent Les Droits Sociaux Et Environnementaux

J’écris cet article parce que le vote du 13 novembre 2025 résonne comme un basculement silencieux, presque feutré, mais lourd de conséquences. Ce jour-là, l’Union européenne a choisi de détricoter une partie essentielle du devoir de vigilance, ce cadre qui obligeait les multinationales à prévenir les violations des droits humains et les dégâts environnementaux dans leurs chaînes de production (texte fondateur qui garantissait un minimum de responsabilité transnationale). En le vidant de sa substance, l’Europe renonce à une idée simple : celleux qui profitent des richesses doivent aussi répondre des dommages que leurs activités provoquent. Comme le disait Hannah Arendt, « la responsabilité est le prix de la liberté », et c’est précisément ce prix que certains semblent aujourd’hui refuser de payer.

Car derrière ce vote se joue plus qu’une bataille technocratique autour d’acronymes obscurs. Il s’agit d’un choix politique, idéologique même : celui de protéger le pouvoir économique plutôt que les vies humaines. L’affaiblissement de la directive de vigilance – avec le relèvement massif des seuils d’application, la suppression des plans de transition climatique ou encore la fin de la responsabilité civile européenne – n’est pas un accident. C’est la conséquence d’un travail patient et méthodique de lobbying, mené au nom d’une compétitivité brandie comme unique boussole dans un monde déjà fracturé. Ce n’est pas un hasard si, dans les couloirs de Bruxelles, les arguments les plus répétés ces derniers mois ne parlaient ni de travailleurs, ni de climat, ni de dignité, mais de coûts, de délais et de « simplification » (éléments de langage qui reviennent comme une incantation collective).

À cela s’ajoute un phénomène plus inquiétant encore : l’émergence d’une union des droites au Parlement européen. Une coalition inédite entre conservateurs et extrême droite, unie pour affaiblir ce qu’ils appellent des « contraintes bureaucratiques ». Le mot est habile : il masque les réalités qu’il recouvre. Derrière cette « bureaucratie », il y a des vies brisées par des sous-traitances abusives, des sols pollués par des industries dérégulées, des communautés déplacées ou sacrifiées sur l’autel de la rentabilité. Ce rapprochement politique s’inscrit dans une stratégie plus large : limiter les contre-pouvoirs, alléger les règles, affirmer que le marché saura s’autoréguler tout seul. Une vieille antienne libérale que l’histoire, pourtant, n’a jamais cessé de démentir.

Les premières victimes de cette régression sont celles qui n’ont pas voix au chapitre : les travailleurs et travailleuses des chaînes de sous-traitance mondialisées, les populations riveraines de sites polluants, les communautés dépossédées par la déforestation ou l’accaparement des terres (des réalités souvent invisibles pour les institutions européennes). Pour elles, la fin de la responsabilité civile européenne n’est pas un détail législatif : c’est la fin d’un recours, l’effacement d’un espace où la justice transnationale aurait pu s’exercer. Désormais, tout dépendra de la bonne volonté des États membres, et l’on sait, par expérience, que cette bonne volonté est souvent conditionnée par des intérêts économiques nationaux.

Ce que révèle ce recul, c’est aussi un risque de fragmentation : chaque pays pourra appliquer la directive selon ses propres critères, créant une concurrence réglementaire dangereuse. Les entreprises iront naturellement vers les territoires les moins exigeants. Une course au moins-disant qui, loin de renforcer la souveraineté européenne, ne fera qu’accroître sa vulnérabilité morale et politique.

Pourtant, d’autres voies sont possibles. Rien n’interdit de reconstruire une régulation forte, plus transparente, plus démocratique. Rien n’empêche de renforcer les mécanismes de contrôle, de protéger les lanceurs et lanceuses d’alerte, de créer des normes minimales que nul gouvernement ne peut affaiblir au gré des pressions économiques. Une Europe plus juste n’est pas un rêve abstrait : c’est un choix politique. Et comme tout choix, il dépend d’un rapport de forces que nous pouvons contribuer à transformer. C’est dans les moments de recul que la mobilisation devient la plus nécessaire. Car l’histoire sociale nous l’a appris : chaque victoire arrachée aux puissances économiques a commencé par un refus de la résignation.

Alors, face à ce vote, une question demeure : voulons-nous réellement d’une Europe qui renonce à protéger les plus vulnérables ? À l’heure où les crises s’accumulent, l’enjeu n’est pas de “simplifier”, mais de tenir bon. De défendre la dignité humaine comme boussole, et non comme variable d’ajustement (question qui devrait rester au centre du débat public).


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