Ma Réflexion Sur Le Temps Qui Nous Façonne
Ma Réflexion Sur Le Choix Que Nous Faisons
Je me demande souvent ce qui se joue lorsqu’un peuple regarde derrière soi plus longtemps qu’il ne regarde devant. Cette question, qui semble d’abord abstraite, devient concrète lorsque j’observe la Corse. J’y vois un paradoxe troublant : une terre riche d’une histoire puissante, mais parfois tentée de s’y enfermer. Comme si la fidélité au passé l’emportait sur la responsabilité envers l’avenir. Cette tension morale me rappelle le dilemme évoqué par Platon dans l’allégorie de la caverne : « faut-il se tourner vers les ombres que l’on connaît ou affronter la lumière incertaine qui nous attend hors de la grotte ? »
Ce tiraillement se manifeste aujourd’hui dans la valorisation de certains codes anciens, perçus par quelque·un·e·s comme protecteurs, mais qui peuvent aussi se révéler rétrogrades, patriarcaux et vecteurs d’une certaine violence symbolique ou réelle. Je ne cherche pas à juger, mais à comprendre ce qui pousse une société à sanctuariser ses héritages au point d’en faire des frontières. La mémoire collective est précieuse ; elle construit les identités et transmet une dignité. Mais, comme le rappelait Kant, « toute tradition n’est légitime que si elle peut être justifiée à la lumière de la raison présente ». Ce qui vaut hier ne vaut pas forcément demain.
Il existe pourtant une autre approche, plus ouverte. Elle reconnaît la valeur du passé mais refuse d’en faire une injonction. Elle consiste à se demander comment le monde avance et ce que la Corse pourrait perdre en refusant d’emprunter cette marche. Je pense ici à l’évolution sociale, au refus des violences ordinaires, à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, à la responsabilité écologique et démocratique. Ces transformations sont déjà à l’œuvre partout ailleurs. Les ignorer, c’est risquer, pour reprendre Camus, de « mal nommer les choses » et, ce faisant, de les rendre plus dangereuses.
Ce qui me touche, dans cette tension, c’est qu’elle dit quelque chose de profond sur notre rapport à nous-mêmes. Je sens que lorsque certain·e·s invoquent la tradition, ce n’est pas toujours pour la célébrer, mais parfois pour conjurer une peur : celle de disparaître, de se diluer dans un monde perçu comme rapide, mobile, incertain. Je comprends cette inquiétude. Mais je crois aussi qu’une identité vivante ne se préserve pas par la crispation ; elle se préserve par la création. Sartre, dans une formule célèbre, écrit que « nous sommes condamnés à être libres ». Peut-être faut-il entendre ici que nous sommes aussi condamnés à inventer, à innover, à nous transformer.
Dans cette perspective, la vraie question n’est pas de choisir entre fidélité et modernité, mais de réconcilier les deux. Je pense qu’une île peut honorer ses chants, ses luttes et ses récits sans renoncer à l’égalité, à la justice, à l’ouverture ni à la douceur envers les autres comme envers soi. J’aimerais que la Corse soit une terre qui protège sa mémoire tout en donnant à chacun·e la liberté de s’affranchir de ce qui oppresse, fige ou limite. Ce n’est pas renier l’héritage ; c’est le faire respirer.
Au fond, ce que je vois se dessiner, c’est une question universelle : comment grandir sans se trahir ? Peut-être qu’il suffit, parfois, de déplacer légèrement le regard. De quitter les ombres familières et d’oser avancer, lentement, vers la lumière changeante du monde.
Références
- Rapport Démographique De L’Insee, 2024
- Analyse Économique Sur Le Tourisme Insulaire, 2023
- Étude Sur Les Transformations Sociales En Méditerranée, 2022
- Enquête Sur Les Mutations Culturelles En Corse, 2024







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