Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

La Responsabilité Éthique Dans La Formulation Des Sondages

Pourquoi Les Mots Déforment Le Monde

Ma Vigilance Face À Une Transparence Illusoire

Il paraît que les sondages disent « la vérité ». On les brandit comme des thermomètres impeccables de l’opinion, des instruments neutres, presque sacrés. Permettez-moi de rire un peu. Ou de grincer. Parce que si un sondage était neutre, ça se saurait. Et surtout, je n’aurais pas passé ces dernières semaines à serrer les dents devant des questionnaires tellement biaisés qu’ils finissaient par me prendre pour une idiote.

Je l’affirme sans détour : toute question est un choix, et tout choix est une intention. Même involontaire, même inconsciente. Croire que les sondages seraient exempts de cette simple évidence relève de la naïveté ou d’une délicieuse hypocrisie. Et comme je tiens à la justesse – une justesse intérieure, presque morale – je ne peux pas m’empêcher de regarder derrière la façade de l’objectivité affichée. Pour moi, la manière de poser une question est toujours un miroir : il révèle ce qu’on veut vraiment mesurer… ou ce qu’on veut faire dire à celleux qu’on interroge.

Alors oui, je me retrouve avec une obsession : comment garantir que nos outils de mesure respectent vraiment l’intégrité de celleux qui répondent ? Comment éviter que la simple formulation d’une question ne devienne déjà une manipulation douce, un glissement subtil du réel vers un récit imposé ?

La recherche est claire, et elle n’a rien de révolutionnaire. Questions suggestives, options orientées, ordre des items, injonctions implicites, pression de la désirabilité sociale : un sondage, mal rédigé, peut enfermer n’importe qui dans une réponse aussi confortable qu’artificielle. Je l’ai moi-même vécu il y a peu, face à une question tellement verrouillée que j’avais l’impression de devoir choisir entre deux caricatures. Cochez la case, madame. Pas votre opinion, non. La case.

Je repense souvent à la formule d’Hannah Arendt : « Le langage est devenu pour beaucoup un instrument de manipulation ». C’est brutal, mais c’est juste. La clarté intérieure commence par la clarté des mots. Et quand les mots d’un questionnaire sont tordus, l’image du monde qui en sort ne peut être qu’inclinée.

Les conséquences ? Inquiétantes. Un sondage orienté peut alimenter une peur infondée, gonfler artificiellement une colère, stigmatiser un groupe déjà fragilisé. Et on appelle cela « mesurer l’opinion ». Je refuse ce mélange malsain où l’on confond mesure et influence, lucidité et mise en scène. Je refuse qu’on instrumentalise la parole collective sous prétexte de la saisir.

Alors, où trace-t-on la limite entre enquête et manipulation ? Comment garantir transparence et responsabilité sans sombrer dans la paranoïa ou la facilité ? Certain·e·s y parviennent : questionnaires publiés intégralement, méthodologies vérifiées, expérimentations honnêtes, échantillons contrôlés. Ce n’est pas sorcier, juste rigoureux. Et surtout éthique.

Car l’éthique n’est pas une règle extérieure : c’est un engagement intime. Le choix de nommer clairement ses intentions, de refuser les raccourcis et les effets faciles. Les mots sont des actes. On les choisit comme on devrait choisir nos gestes : avec attention, avec lucidité.

Les sondages ne sont pas seulement des chiffres. Ce sont des fragments de vérité que nous prétendons partager. Des outils qui devraient renforcer la confiance, pas la ronger. Alors je pose une question – une vraie, cette fois : et si nous exigions de nos institutions la même rigueur morale que celle que nous tentons d’appliquer à nous-mêmes ?

Je vous invite à y réfléchir avec moi. Comment donner à la production d’informations la dignité qu’elle mérite ? Comment bâtir ensemble une parole publique plus honnête, plus responsable, plus respectueuse ?


En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire