Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Comprendre Et Combattre Les Violences Économiques Conjugales

Comprendre Et Combattre Les Violences Économiques Conjugales

Pourquoi Il Est Urgent D’en Parler

Une Violence Invisible Mais Profondément Destructrice

Lorsque j’écris cet article, je pense à toutes celleux qui vivent au quotidien une forme de domination que notre société peine encore à nommer : la violence économique conjugale. Cette violence, longtemps cantonnée à l’invisible, infiltre les relations les plus intimes et fragilise l’autonomie des femmes, tout en renforçant des inégalités de genre profondément ancrées. En sociologue, mais aussi en femme, je souhaite ici éclairer les mécanismes sociaux qui rendent ces pratiques possibles et si durables.

Les violences économiques prennent des formes multiples : contrôle du budget du couple, confiscation de moyens de paiement, interdiction d’ouvrir un compte, ou encore détournement du salaire. Leur discrétion apparente les rend d’autant plus pernicieuses. Dans une société où la gestion domestique de l’argent est encore largement appréhendée comme une « question privée », ces contraintes s’inscrivent dans un système de normes et de représentations que Bourdieu qualifierait de symboliques, car elles s’exercent souvent sans contrainte physique directe tout en produisant des effets réels et profonds.

Pour comprendre pourquoi cette violence reste si peu reconnue, il faut interroger l’héritage patriarcal qui structure encore nos rapports sociaux. Les travaux de Weber sur la domination légitime éclairent bien la manière dont certaines pratiques peuvent apparaître comme « normales » ou « naturelles », alors même qu’elles reposent sur une inégalité fondatrice. La division sexuée du travail, héritée d’un long processus historique de socialisation, continue d’assigner les femmes à l’espace domestique et les hommes à la sphère économique. Cette répartition, internalisée dans les habitus, rend moins visible la dépossession financière lorsqu’elle survient.

Les conséquences de ces violences sont majeures. Sur le plan matériel, elles entraînent souvent surendettement, restrictions sévères ou impossibilité de satisfaire ses besoins essentiels. Psychologiquement, elles produisent isolement, anxiété, perte d’estime de soi. Elles s’inscrivent dans un cercle de dépendance où la précarité renforce la vulnérabilité, qui elle-même fragilise la capacité à partir. Comme le rappelle Adichie, « les oppresseurs ne se contentent pas de voler votre liberté, ils vous convainquent que vous n’en avez jamais eu ». Cette citation résonne particulièrement dans le cas des violences économiques, tant l’intériorisation de l’inégalité est puissante.

Si ces pratiques persistent, c’est aussi parce qu’elles prennent racine dans une organisation sociale plus large. Les structures économiques, juridiques et culturelles produisent et reproduisent des rapports de domination qui dépassent les individus. Les violences économiques ne sont donc pas seulement un problème conjugal : elles sont le reflet d’un système d’inégalités de genre qui s’exprime dans les interactions quotidiennes autant que dans les institutions.

Pour transformer durablement ces dynamiques, des actions multiples sont nécessaires. La reconnaissance explicite des violences économiques dans le droit français constituerait une avancée majeure. Certains pays ont déjà intégré cette dimension dans leurs politiques publiques et offrent des modèles inspirants. Mais le changement passe aussi par l’éducation : apprendre aux jeunes générations l’importance de l’autonomie financière et déconstruire les stéréotypes liés à la gestion de l’argent est essentiel. Enfin, les institutions financières, les écoles, les services sociaux ont un rôle clé pour rendre visible ce qui ne l’est toujours pas assez.

En définitive, comprendre et combattre les violences économiques conjugales exige un effort collectif. J’espère que cette réflexion contribuera à ouvrir la discussion : que pouvons-nous faire, individuellement et collectivement, pour soutenir les victimes et transformer les structures qui entretiennent ces inégalités ?


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