Pourquoi Nous Devons Repenser Notre Façon D’En Parler
L’Éducation Sexuelle Comme Boussole Dans Un Monde Saturé D’Images
Il m’arrive parfois d’imaginer la solitude d’un·e enfant qui, un soir d’ennui ou de curiosité, clique sur une vidéo sans vraiment comprendre ce qu’iel va y trouver. Une image brute, sans explication, sans tendresse, sans contexte. Et je me demande : que fait cette irruption au cœur encore souple d’un·e jeune qui se cherche ? J’écris cet article parce que je suis inquiète de la façon dont les jeunes abordent leur sexualité en confiant à la pornographie la responsabilité d’« apprendre » le sexe, et parce que le puritanisme semble en même temps regagner du terrain. Ce paradoxe révèle notre malaise collectif.
Nous savons que la pornographie circule partout, tout le temps, souvent avant même l’âge de 10 ans. Les chiffres, sans être des condamnations, disent quelque chose d’un accès précoce qui dépasse largement notre capacité d’accompagnement. Et cette exposition, répétée ou accidentelle, ne laisse jamais intacte la manière dont les jeunes perçoivent le désir, la relation, le consentement. Beaucoup normalisent des scénarios où la violence semble intégrée au plaisir, où les rôles genrés se rigidifient, où la performance compte davantage que la rencontre. « Les garçons apprennent parfois la domination, les filles parfois l’effacement ». Et chacun·e porte ensuite, plus ou moins consciemment, les empreintes de ces premières « leçons ».
Ce qui me frappe, c’est que cette influence prospère surtout là où l’éducation sexuelle échoue encore à être cohérente, fiable, incarnée. « Quand les adultes évitent le sujet, les jeunes apprennent seuls. Quand l’école traite la sexualité en pointillés, la pornographie remplit les espaces vides ». Le cerveau adolescent, avide de repères, s’accroche à ce qu’il trouve : un imaginaire puissant, répétitif, façonné pour le choc plutôt que pour la compréhension. Et le manque d’outils émotionnels peut laisser des traces : anxiété, confusion, perception déformée de soi ou de l’autre.
Je crois profondément qu’une éducation sexuelle réfléchie et obligatoire pourrait être l’antidote que nous cherchons. Pas une éducation hygiéniste, ni un simple cours de prévention, mais une invitation à comprendre ce qu’est un corps en relation, ce que signifie consentir, comment reconnaître ce qui nous fait du bien ou du mal. Une éducation qui apprendrait aussi à décoder la pornographie, à remettre en question ses normes, à la voir comme une fiction, pas comme un mode d’emploi. Les parents, les éducateurs, les institutions : nous avons un rôle partagé, un devoir de présence, un droit à l’imperfection tant que nous restons disponibles et honnêtes.
Reste la question qui me hante : que pourrions-nous encore imaginer pour accompagner les jeunes dans la découverte de leur intimité ? Peut-être des espaces de parole plus ouverts, des récits qui valorisent la réciprocité plutôt que la performance, ou même une culture qui assume enfin de parler de sexualité autrement qu’en termes de peur ou de secret.
Sources pertinentes :
- L’éducation sexuelle à l’épreuve du numérique, 2021
- Adolescence et construction du désir, 2019
- Comprendre les imaginaires pornographiques, 2020
- Corps, consentement et relations, 2022







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