Quand Le Courage Moral Devient Une Urgence Civique
Pourquoi Je Refuse De Me Taire Face À L’Indignité
Je l’affirme sans détour : si la haine en ligne avait une odeur, elle empesterait l’époque entière. Et me voilà, aujourd’hui, à écrire ce pamphlet parce que je suis outrée, profondément, viscéralement, par les propos racistes, sexistes et haineux qui ont jailli, tels des serpents dérangés, après la parution dans un média insulaire de l’article « L’adoption, un parcours du combattant ». Il faut croire que certain·e·s ne trouvent leur héroïsme que derrière un écran, armé·e·s d’un anonymat aussi lâche que confortable.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? De familles adoptantes, de parents qui choisissent l’amour, et d’enfants dont la seule « faute » serait d’incarner une diversité qui dérange les esprits rabougris. Quelle grandeur, quelle noblesse, de s’acharner ainsi à coups de claviers sur des individus vulnérables ! La barbarie, désormais, se pratique sans couteaux : un clic suffit.
Je connais bien les mécanismes qui nourrissent ces torrents de fiel. L’anonymat numérique sert d’alibi moral : on peut insulter sans crainte, mépriser sans preuve, humilier sans conséquence. Et lorsqu’on y ajoute les préjugés hérités de siècles de frilosité identitaire, on obtient un cocktail explosif. Dans un territoire insulaire comme la Corse, où l’identité est à la fois un trésor et un fardeau, la moindre question de diversité devient prétexte à hystérie. Pourtant, je sais aussi que cette île, capable du meilleur comme du pire, porte en elle une tradition de solidarité qui pourrait étouffer ces dérives si elle acceptait de s’en saisir.
Certain·e·s responsables local·e·s l’ont compris. Lorsque la Présidente de l’Assemblée de Corse condamne publiquement les discours haineux, elle ne fait pas seulement acte de communication. Elle rappelle que la dignité n’est pas négociable, que le silence est une complicité, que la lâcheté collective ne doit plus être l’air que nous respirons. Les médias, eux, oscillent entre pédagogie et sensationnalisme ; j’ose espérer qu’ils comprendront enfin que chaque article est une allumette ou une bougie, selon la manière dont ils l’allument.
Et pendant que les petites furies numériques s’ébrouent dans les commentaires, les victimes, elles, encaissent. Les enfants adoptés, déjà en quête de repères, voient leur humanité contestée. Les familles, déjà éprouvées par des démarches longues et exigeantes, doivent encore affronter la malveillance de parfait·e·s inconnu·e·s. L’estime de soi s’érode, la confiance vacille, la paix familiale devient un champ de bataille silencieux. Heureusement que des associations comme Enfance et Familles d’Adoption offrent un refuge, une écoute, une résistance humaine face à la violence dématérialisée.
Alors oui, il est temps de regarder la réalité en face : notre société ne manque pas de lois, elle manque de courage. Il ne suffira plus de brandir la liberté d’expression comme un doudou sacré ; il faut rappeler que cette liberté n’a de sens que si elle protège, et non si elle blesse. Éduquer nos jeunes à la tolérance n’est pas un luxe, mais une urgence politique. La diversité culturelle n’est pas une menace ; elle est le seul rempart contre l’atrophie morale. Comme le disait Kofi Annan, « la tolérance rend la paix possible », encore faut-il la pratiquer.
Je conclurai donc sans détour : cessons de nous cacher derrière nos écrans et nos excuses. La haine n’est pas une fatalité, elle est un renoncement. Et je refuse, pour ma part, de renoncer. À chacun·e maintenant de choisir : la passivité honteuse ou la dignité active.
Ces Blessures D’enfance Qui Parlent Encore En Moi : Récit D’une Reconstruction






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