Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Réindustrialisation Et Licenciements : Une Éthique En Question

Une Crise Qui Interroge Nos Valeurs

Pourquoi Je Pense Qu’un Contrôle Plus Strict Des Aides Publiques Est Essentiel

Lorsque j’observe la vague de désindustrialisation qui traverse la France, je ne peux m’empêcher d’y voir une crise profonde de nos valeurs collectives. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de quatre cents plans de licenciement en deux ans, dont une part considérable dans l’industrie, et des dizaines de milliers d’emplois directement menacés. Ces données, que j’entends souvent reléguées à de simples tendances macroéconomiques, traduisent en réalité une fragilité structurelle et humaine que nous sous-estimons encore. Je crois fermement qu’il est temps de questionner la responsabilité des entreprises qui bénéficient d’aides publiques tout en procédant à des réductions d’effectifs, et d’interroger la cohérence éthique de notre modèle économique.

Comprendre cette dynamique implique d’abord de mesurer l’ampleur de la désindustrialisation. Les secteurs de l’automobile, de l’agroalimentaire ou de la grande distribution, longtemps piliers de notre identité productive, sont aujourd’hui sous tension, pour ne pas dire, en chute libre. Ces activités ne sont pas seulement des moteurs économiques ; elles incarnent aussi des ancrages culturels, des savoir-faire locaux et une stabilité sociale. Leur affaiblissement renforce un sentiment d’abandon chez nombre de salarié·e·s qui voient leur horizon professionnel se réduire sans réelle perspective de reconversion.

Face à cette érosion, les pouvoirs publics ont déployé une panoplie d’aides financières censées soutenir l’investissement et préserver l’emploi. Pourtant, ces instruments montrent leurs limites. Souvent conditionnées de manière minimale, elles n’empêchent ni les restructurations rapides ni les stratégies de court terme privilégiant la rentabilité immédiate. Je repense à la phrase attribuée à Albert Einstein selon laquelle « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » : elle trouve ici une résonance particulière. Les subventions, telles qu’elles existent aujourd’hui, reposent sur une logique incitative qui suppose que les entreprises, livrées à elles-mêmes, feront des choix socialement responsables. Or, l’expérience récente tend à montrer que ce pari reste hasardeux.

Les conséquences humaines de ces licenciements rappellent l’urgence d’une approche plus exigeante. Je suis frappée par la manière dont la perte d’emploi fragilise les familles, altère la confiance en l’avenir et fissure l’équilibre des territoires. Dans certaines régions dépendantes d’un seul employeur, un plan social peut transformer en quelques mois un bassin dynamique en enclave économique. Le tissu social s’y trouve fragilisé, la solidarité mise à l’épreuve.

Il devient alors essentiel d’interroger l’articulation entre compétitivité et responsabilité. Certain·e·s dirigeant·e·s ont choisi des alternatives aux licenciements massifs : réduction du temps de travail, réaffectation interne, investissements dans la montée en compétences. Ces exemples montrent que d’autres trajectoires sont possibles lorsque l’intérêt collectif est réellement intégré dans la stratégie d’entreprise. Mais pour que ces pratiques se généralisent, l’État doit assumer un rôle plus clair de régulateur éthique, en conditionnant plus strictement l’octroi des aides publiques et en donnant une direction stratégique à la réindustrialisation.

D’autres pays européens, comme l’Allemagne, ont su préserver un tissu industriel robuste en misant sur des liens forts entre État, industrie et formation. S’inspirer de ces modèles pourrait nous aider à imaginer une politique industrielle capable de concilier innovation, durabilité et justice sociale. Je suis convaincue qu’une réindustrialisation plus verte et plus inclusive peut devenir un levier stratégique, à condition qu’elle s’appuie sur des mécanismes réellement protecteurs de l’emploi.

En définitive, repenser l’économie avec éthique signifie reconnaître que les décisions économiques ne sont jamais neutres : elles engagent notre vision du vivre-ensemble. Il nous revient, en tant que citoyen·ne·s, d’exiger un usage responsable des ressources publiques et de défendre des choix qui placent l’humain·e au centre. La question demeure : quelle place donnons-nous à l’éthique dans nos décisions économiques collectives ?

Sources pertinentes :

  1. Industrie Française : Bilan Et Perspectives, 2023
  2. État Des Territoires Industriels, 2022
  3. Subventions Publiques Et Responsabilité Des Entreprises, 2024
  4. Comparaisons Européennes Des Politiques Industrielles, 2023

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