Une Crise Qui Révèle Nos Priorités
Agir Pour Une Société Plus Juste
Je l’affirme d’emblée : la crise du logement social en Corse n’est pas une simple affaire de mètres carrés manquants ou de statistiques froides. Elle raconte quelque chose de nous, de nos priorités collectives, de notre capacité – ou de notre incapacité – à protéger celleux qui vivent ici, travaillent ici, aiment cette île et y construisent leur avenir. Derrière les façades blanches qui se multiplient, derrière les résidences secondaires qui grignotent les crêtes et les golfes, se joue une question essentielle : comment préserver l’identité culturelle corse tout en garantissant un droit fondamental, celui d’avoir un toit digne ?
Je vois chaque jour les effets d’un modèle à bout de souffle. Une offre de logements sociaux réduite à 10 % du parc, le taux le plus bas de France. Une pression foncière décuplée par un tourisme devenu vorace et par une spéculation qui transforme l’île en décor plus qu’en territoire vécu. Les acteurs publics oscillent entre hésitation et renoncement, tandis que certains organismes de logement social, d’Erilia à Action Logement, semblent parfois déconnectés des réalités locales. L’État, lui, souffle le chaud et le froid, incapable de trancher entre productivité immobilière et justice sociale.
Cette crise n’est pas seulement matérielle. Elle est culturelle, identitaire, presque existentielle. Car lorsque l’accès au logement devient un luxe, ce sont les jeunes qui partent, les familles qui s’endettent, les villages qui se vident. Lorsque la spéculation modifie la démographie au point d’effacer les repères, c’est toute une mémoire collective qui s’effiloche. Comment concilier l’ouverture au monde – nécessaire, enrichissante – et la protection de nos racines ? Certain·e·s proposent un statut de résident·e pour limiter l’accès à la propriété. Une idée controversée, certes. Mais peut-on la balayer d’un revers de main lorsque l’urgence est si criante ? Mandela nous rappelait que « le droit de posséder un endroit où vivre ne devrait jamais être une question d’origine, mais bien d’humanité ». Je ne peux que souscrire à cette exigence morale.
J’observe aussi les fractures qui se creusent. Les écarts entre habitant·s·es locaux et locales et nouveaux et nouvelles arrivant·e·s s’accroissent, alimentant frustrations et sentiment d’injustice. Les jeunes se heurtent à une insécurité résidentielle qui fragilise leur santé mentale, leur capacité à se projeter. Face à cela, l’accès prioritaire des Corses au logement social n’est pas un caprice identitaire : c’est une mesure de survie sociale.
Pourtant, des solutions existent. Les Baléares, la Sardaigne ont expérimenté des politiques de régulation du marché, de limitation de la bétonisation, de développement d’un parc social réellement ancré dans les besoins locaux. Pourquoi la Corse resterait-elle prisonnière de vieux réflexes ? Nous avons la possibilité d’imaginer une gestion locale du parc social, transparente, démocratique, et de repenser nos priorités budgétaires en plaçant l’humain avant la rente.
Au fond, ce débat dépasse le logement. Il parle de notre manière d’habiter le monde. De notre rapport à l’environnement, à l’altérité, à la solidarité. Eleanor Roosevelt nous invitait à « nous demander ce que chacun·e peut faire pour que personne ne soit privé·e d’un toit ». Je fais ce vœu : que nous répondions enfin collectivement à cette question, non par des discours, mais par des actes.
Références
- Rapport Sur Le Logement Social En France, 2023
- Étude Comparative Des Politiques Foncières En Méditerranée, 2022
- Histoire Du Logement Social En Europe, 2020
- Dynamiques Démographiques En Corse, 2023







Laisser un commentaire