Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

L’Écoféminisme Comme Moteur D’Une Paysannerie Émancipatrice

Rompre Avec Le Pétromasculinisme Agricole

Comment les femmes et les pratiques durables redéfinissent l’avenir de la paysannerie face à la domination fossile et patriarcale

« Dans la terre elle persistait, elle semait l’aube-nouvelle ». Dès cette image, je vous convie à rejoindre un horizon où les colères et les espérances se croisent – un horizon où l’agriculture, longtemps captive d’un modèle viril, fossile et mécanique, se redessine à la lumière de valeurs plus fraternelles, plus vivantes. Aujourd’hui, il est temps de célébrer l’émergence d’un souffle nouveau : celui de l’Écoféminisme appliqué à la paysannerie, et de dénoncer l’ombre persistante de ce que je nomme le Pétromasculinisme – cette alliance de domination masculine, de consumérisme fossile et d’extractivisme agricole. (Inspiré des principes définis par l’Oxfam France)

L’écoféminisme est né de la conviction que « notre société repose sur la triple domination et exploitation des femmes, de la nature et des minorités ». Il n’est donc pas accessoire que les femmes paysannes aient été reléguées – invisibles dans les registres officiels, absentes des lieux de pouvoirs, assignées à la comptabilité ou à l’élevage léger quand les hommes maniaient le tracteur et la charrue. Une enquête en France l’atteste : « Les activités qui reviennent encore souvent aux femmes… alors que les hommes, c’est le travail en extérieur, le labour, le tracteur ».

Et voilà le pétromasculinisme : ce régime qui fonde l’agriculture moderne sur la puissance mécanique, sur l’énergie fossile, sur un idéal de contrôle – la terre dominée, les corps exploités, la nature transformée en marchandise. « Installer des femmes et des panneaux solaires ne suffit pas », avertit un article, rappelant que l’énergie et le genre sont imbriqués dans des rapports de pouvoir.

Ainsi, je pose que l’agriculture traditionnelle dominée par ce modèle n’est pas neutre : elle est l’expression matérielle et symbolique d’un ordre patriarcal et fossile.

Regardons les sols : l’engrais conjugué à la machinerie lourde, la monoculture intensive dépendante du pétrole – autant de marqueurs d’un régime de production qui consomme la vie, qui détruit la biodiversité et qui aliène les paysan·ne·s. Les femmes, quant à elles, héritent d’une double peine : travail non reconnu + charge invisible. (Voir l’enquête sur « Femmes et minorités de genre en agriculture »)

Et les savoirs ? Ils sont occultés. On a détourné les savoir-faire paysans, féminisés, ignorés, pour privilégier l’ingénieur, le technicien, l’agro-industriel. L’écoféminisme, au contraire, les rappelle. Car comme l’écrit Vandana Shiva : « Tout aliment commence par des graines, donc la liberté des graines est la base de la liberté alimentaire ».

Je célèbre ici le retour des semences paysannes, la remise en partage des savoirs féminins, la quête d’une autonomie réelle. Le modèle pétromasculin ne peut y survivre.

Mais attention : toutes les politiques en faveur des femmes ne sont pas forcément libératrices. Celles qui consistent simplement à « inclure les femmes dans l’agriculture » sans changer les règles du jeu ne font que prolonger les dominations. Une analyse l’affirme : « Plutôt que l’instrument d’une soi-disant diversité… la perspective écoféministe s’invente en autonomie et dans la pluralité des expériences ».

Je critique donc ces démarches paternalistes qui, sous couvert d’égalité, installent la femme paysanne dans le rôle du « suivi », de l’« assistée ». Autonomie ne veut pas dire simple participation : elle exige transformation. Elle appelle la redistribution du pouvoir sur la terre, sur les savoirs, sur les pratiques.

Et pourtant, dans les campagnes, dans les fermes de France, bouillonne un avenir différent. Des collectifs non mixtes d’agricultrices se réunissent pour donner voix à leurs récits, pour remettre en question la division sexuée du travail agricole. Comme le note un reportage : « Des groupes de femmes transforment leur modèle agricole… en non-mixité choisie où l’auto-censure n’est pas de mise ».

Je vois dans cette pratique une célébration du commun, un espace où se forge l’émancipation. Les femmes paysannes y prennent la mesure de leur potentiel, affirment leur expertise, construisent des pratiques agroécologiques centrées sur le vivant. Elles incarnent un féminisme paysan, populaire – à l’opposé de la logique de marché et d’industrialisation. Le mouvement La Via Campesina le rappelle dans ses engagements pour les femmes rurales.

C’est ici que l’écoféminisme devient action. C’est ici que la jonction entre justice sociale et écologie se révèle. Alors que faire ? Je propose quelques pistes, ancrées dans mes convictions : soutien aux semences paysannes, accès au foncier sécurisé pour les femmes, encouragement des circuits courts dirigés par des agricultrices, financement participatif, reconnaissance pleine et entière du travail paysan féminin. Mais au-delà des mesures, je crois en la puissance d’un imaginaire renouvelé : une agriculture où le vivant, humain et non humain, n’est plus instrumentalisé.

J’invite les collectivités, les réseaux agricoles, les citoyennes et citoyens à engager une alliance avec ces femmes : non comme simples bénéficiaires, mais comme actrices majeures d’un avenir durable et équitable.

En éloge à celles qui cultivent les graines d’un demain différent, je conclus : l’écoféminisme paysan n’est pas un luxe, mais une nécessité. Il est l’aube d’un monde où la terre respire, où les femmes occupent toute la hauteur de leur place, où l’agriculture devient émancipatrice. Que ce souffle traverse les champs, qu’il irrigue nos villes, qu’il porte les voix des invisibles jusqu’à la pleine lumière. Parce que lorsque la nature et les femmes se libèrent du joug du fossile et du patriarcat, c’est l’humanité qui s’élève.

Références principales

  1. « Les principes de l’écoféminisme » – Oxfam France (2025)
  2. « Agriculture : l’écoféminisme à l’horizon » – Politis (2022)
  3. « Face au pétromasculinisme, une paysannerie écoféministe » – Terrestres (2025)
  4. « Agriculture et féminisme, une alliance heureuse (écoféminisme) » – Basta ! (2024)

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