Une Question D’équilibre Et De Respect
Pourquoi La Parole Des Jeunes Ne Peut Plus Attendre
Il est des sujets qui se lèvent comme une aube sur nos consciences ; des sujets qui nous obligent, qui nous appellent, qui nous rappellent cette responsabilité commune que nous portons envers celleux qui grandissent parmi nous. Je parle ici des rythmes de vie des adolescents et adolescentes, de ces existences en métamorphose que nous encombrons trop souvent d’exigences disproportionnées. Et si je prends la plume aujourd’hui, c’est parce que leur parole, fragile et puissante à la fois, est trop rarement prise en compte. « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde », disait Mandela. Encore faut-il que cette éducation soit juste, humaine, respirable.
Je vois ces jeunes dont les journées s’alourdissent comme des sacs trop pleins : cours interminables, devoirs tardifs, activités cumulées comme des médailles censées garantir un avenir. Je vois leurs pas pressés, leurs paupières lourdes, leurs souffles courts. Cette cadence effrénée, que nous avons peu à peu érigée en norme, grignote leur sérénité, entame leur santé, consume leur joie simple d’être. Derrière les apparences de performance se cache parfois un épuisement silencieux, une fatigue qui ronge. Et pourtant, ils avancent, tenaces, courageux, héroïques sans le savoir.
À cette surcharge s’ajoute une pression constante, insidieuse. On leur demande d’être excellentes, d’être parfait·e·s, d’être prêt·e·s avant même d’avoir appris à se connaître. Je pense à toutes celleux qui ploient sans oser plier, qui se heurtent à cette course sans fin où l’erreur semble un crime. Il est temps d’admettre qu’une telle exigence, prolongée, blesse. Qu’elle marque. Qu’elle peut laisser, bien plus tard, des cicatrices invisibles.
Alors, repensons. Redessinons. Réinventons. L’adolescence n’est pas une anomalie à corriger, mais un âge aux besoins propres, biologiques et cognitifs. Plus de sommeil, plus de mouvements, plus de respirations. Pourquoi ne pas ajuster les horaires scolaires ? Pourquoi ne pas alléger ces journées qui se déploient comme des marathons ? Je rêve d’un rythme qui respecterait la nuit des jeunes, leur créativité du matin, leur curiosité de l’après-midi. D’un rythme où l’école s’harmoniserait avec leur être profond plutôt qu’avec les impératifs d’un calendrier ancien.
J’imagine aussi une scolarité qui accueille pleinement le sport, la culture, les arts, comme des moteurs d’émancipation et non comme des options périphériques. Ces activités nourrissent l’estime de soi, ouvrent des horizons, éveillent des passions. Elles devraient être accessibles à chacun·e, indépendamment de l’origine sociale. Là encore, l’engagement public peut faire la différence, réparer des inégalités trop anciennes.
Mais surtout, j’appelle à écouter les premiers concernés. Les adolescents et adolescentes savent ce qui les fatigue, ce qui les anime, ce qui les inquiète. Leur demander leur avis, comme l’a montré la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, ce n’est pas un acte symbolique : c’est un acte de justice. « La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit », écrivait Samuel Ullman. Alors respectons cet état d’esprit, reconnaissons sa valeur, honorons sa voix.
Tendre vers une réforme plus humaine n’est pas une utopie : c’est une nécessité. À nous, collectivement, de choisir le chemin de l’écoute, du respect et de l’équilibre. À nous de bâtir un avenir où les jeunes pourront grandir sans s’effacer. Car c’est aussi notre propre dignité qui s’y joue.
Références
- Rapport Sur Les Rythmes De Vie Des Jeunes, 2022
- Étude Sur La Santé Mentale Des Adolescents, 2023
- Convention Citoyenne Sur Les Temps De L’enfant, 2021
- Chronobiologie Et Apprentissage, 2020








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