Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Librairies Indépendantes : Quand la Censure Remplace le Débat

Librairies Indépendantes : Quand la Censure Remplace le Débat

Quand Les Librairies Deviennent Des Cibles

Pressions idéologiques, violences et menaces : l’urgence de défendre les espaces de liberté culturelle

Je l’écris avec l’inquiétude qui traverse ma pensée depuis des mois : les librairies indépendantes sont aujourd’hui en première ligne d’un affrontement idéologique qui dépasse largement leurs vitrines. Ces lieux que je considère comme des refuges, des passerelles entre les mondes, se retrouvent pris dans un jeu de pressions où la menace remplace trop souvent le débat. Si j’écris cet article, c’est parce que la droite, dans certaines institutions locales, semble vouloir exercer un contrôle explicite sur les livres mis en avant et les discussions qui s’y tiennent. Et ce glissement n’a rien d’anodin.

Je repense à ces librairies parisiennes où j’ai tant flâné : certaines ont été taguées à l’acide pour un débat annoncé, d’autres harcelées pour un livre en vitrine. Des vitrines brisées, des insultes, des campagnes en ligne où l’on confond critique et intimidation. Quand une librairie LGBTQI+ est prise pour cible parce qu’elle met en avant un ouvrage solidaire de la Palestine, quand un débat avec une rapporteuse de l’ONU provoque une attaque, ce ne sont pas seulement des incidents isolés : c’est une tentative d’imposer le silence par la peur. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pouvoir commence là où les mots s’arrêtent ». Or, ici, on cherche précisément à faire taire les mots.

Ce qui m’alerte le plus, ce n’est pas seulement la violence directe, mais la violence institutionnelle qui l’accompagne. Voir une subvention destinée à quarante librairies indépendantes rejetée lors d’un vote municipal – au prétexte d’une polémique ciblant une seule d’entre elles – révèle quelque chose de plus profond : l’instrumentalisation politique de l’aide publique à la culture. Faire peser la menace d’un retrait de financement, c’est instaurer une censure de fait. Ce n’est pas la loi qui restreint, c’est la pression politique qui enserre.

Je ne peux pas ignorer non plus la fragilité économique de ces librairies. Elles fonctionnent souvent à flux tendus, survivent grâce aux fidélités patientes, aux discussions du comptoir, à cette alchimie rare entre curiosité et engagement. Leur demander de résister aux campagnes de harcèlement, d’assumer seules les coûts des dégradations, puis leur retirer des subventions votées chaque année sans débat, c’est leur demander l’impossible. La censure avance rarement frontalement. Elle préfère les couloirs budgétaires et les silences imposés.

Certain·e·s diront que les libraires font des choix, que leurs positions dérangent, que leur sélection n’a rien de neutre. Je le sais, et je l’assume : une librairie n’est pas un espace neutre. C’est un lieu de pensée, un lieu où l’on prend position en proposant des livres plutôt que d’autres. Mais jamais ce geste ne devrait justifier la menace. Jamais le désaccord intellectuel ne devrait se traduire par une tentative de fermeture, d’étouffement, de mise au pas. Le débat est précieux précisément parce qu’il offre l’affrontement des idées plutôt que l’agression des personnes.

Ce qui se joue aujourd’hui est plus large que la question d’un livre, d’un auteur, d’un slogan. Il s’agit de la possibilité même d’un espace pluraliste. D’un pays où l’on peut encore tenir des débats contradictoires sans craindre pour son commerce, pour ses salarié·e·s, pour sa tranquillité. Défendre les librairies, ce n’est pas défendre un secteur nostalgique : c’est défendre la liberté de circuler entre des idées, même complexes, parfois inconfortables, toujours nécessaires.

Je veux croire que la solidarité peut encore l’emporter : celle des lecteurs et lectrices qui continuent de pousser la porte, celle des collectifs qui s’organisent, celle des institutions qui, je l’espère, retrouveront le sens de leur mission culturelle. Ce moment nous oblige à choisir quel monde nous voulons : un monde où la peur décide des livres visibles, ou un monde où la pluralité demeure le socle du vivre-ensemble.

Rien n’est joué. Mais tout commence par un refus : celui de laisser la menace remplacer la pensée.

Références

  1. « Les librairies doivent demeurer à l’abri des violences », 2025
  2. « À Paris, les libraires indépendants disent non à la censure et aux intimidations », 2025
  3. « Face aux agressions, des libraires appellent à une riposte antifasciste », 2025
  4. « Alors que la droite bloque les subventions, une nouvelle librairie vandalisée en plein Paris », 2025

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