Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Réinventer le Financement de la Santé

Réinventer le Financement de la Santé

Vers Une Politique Du Temps Long

Pourquoi une Programmation Pluriannuelle est Essentielle pour Garantir l’Équité, la Prévention et la Stabilité du Système de Santé

Je tiens à la Sécurité sociale comme à la prunelle de mes yeux. Non par fétichisme institutionnel, mais parce qu’elle incarne une idée simple et révolutionnaire : personne ne devrait être seul·e face à la maladie ou à la fragilité. Pourtant, année après année, le débat sur son financement ressemble davantage à un exercice comptable qu’à un choix de société. Et c’est précisément ce glissement qui m’inquiète. Lorsque le financement de la santé devient une ligne à ajuster plutôt qu’un projet collectif, c’est notre capacité à protéger les plus vulnérables qui vacille.

Nous vivons un moment charnière : le vieux cadre annuel du PLFSS montre ses limites, tandis que l’idée d’une programmation pluriannuelle ressurgit. À mes yeux, cette controverse révèle surtout notre difficulté à regarder plus loin que l’urgence du trimestre. Nous gérons la santé comme on gère une fuite d’eau : on colmate chaque année, sans jamais refaire l’installation. Or, un système de soin ne peut survivre à ce régime perpétuel de rattrapage. Il a besoin d’horizon, de continuité, de confiance. C’est ce qui me conduit à interroger une question centrale : comment redonner du sens et de la justice à notre politique de santé en lui offrant enfin une vision de long terme ?

L’approche annuelle a le mérite de la réactivité, mais elle étouffe la prévention, fragilise les hôpitaux, décourage les professionnel·les. J’observe depuis longtemps cette mécanique usante : on promet des moyens, mais trop tard, trop peu, toujours sous condition. À force d’arbitrages serrés, la prévention devient la variable d’ajustement, alors qu’elle devrait être la pierre angulaire de toute stratégie durable. Une société juste ne se contente pas de réparer : elle protège. Paul Ricœur écrivait : « La politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire ». C’est exactement ce que devrait être une politique de santé digne de ce nom.

Penser une programmation sur plusieurs années n’est pas une lubie technocratique : c’est un choix éthique. C’est affirmer que l’accès aux soins doit cesser de dépendre des aléas du calendrier parlementaire. C’est reconnaître que la dignité des patient·e·s et l’égalité entre territoires exigent une planification transparente et contrôlée. C’est, aussi, redonner confiance à celleux qui soignent. On ne peut pas réclamer à des équipes de s’investir dans des projets sans leur garantir la stabilité nécessaire pour les mener à bien.

Bien sûr, une programmation comporte des risques : rigidité, lourdeur, angles morts. Mais ne nous trompons pas de menace. Ce qui tue le système aujourd’hui, ce n’est pas l’excès de vision : c’est son absence. D’autres secteurs – comme la défense – ont démontré qu’il est possible de tenir une ligne pluriannuelle tout en restant capable d’agir en cas de crise. Pourquoi la santé, bien commun parmi les biens communs, n’aurait-elle pas droit à la même ambition ?

Si nous voulons reconstruire un système de santé solide, juste et humain, il nous faut réapprendre la politique du temps long. Non pour figer le réel, mais pour lui donner les moyens de respirer. J’aimerais que nous ouvrions ce débat sans crispations, avec lucidité et responsabilité. Peut-être est-ce là le début d’une nouvelle culture du soin : une culture qui anticipe au lieu de réagir, qui protège au lieu de bricoler, qui investit au lieu de compenser. À nous, désormais, d’en décider.


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