Pourquoi Le Bipartisme Vacille Et Ce Que Cela Signifie Pour Nos Vies
Analyse des causes profondes et des enjeux d’une normalisation politique qui menace les libertés fondamentales
Je ne pensais pas devoir écrire un jour ces lignes. Pourtant, la sensation est tenace : quelque chose a basculé. La montée en puissance des partis d’extrême droite en France, en Europe et dans le monde ne ressemble plus à une série d’accidents électoraux. C’est un mouvement de fond. L’histoire semble se répéter et ce n’est pas de bon augure. Quand je regarde les résultats des urnes, la violence symbolique des discours, les coalitions qui se nouent à droite comme à l’extrême droite, j’ai parfois l’impression de revivre en accéléré ce que nos aîné·e·s ont combattu au prix du sang. Une petite musique familière revient : celle qui désigne des boucs émissaires, celle qui promet l’ordre à celleux qui n’ont plus que la peur pour horizon.
Je refuse pourtant de céder à la fatalité. Pour comprendre ce basculement, il faut d’abord regarder les faits. Partout, les partis traditionnels s’effondrent. Les grands appareils politiques, qui structuraient la vie démocratique depuis des décennies, se sont vidés de leur substance. « Un politologue parlait il y a déjà plusieurs années de partis creux : des coquilles, des logos, des discours convenus, mais presque plus personne derrière pour porter une vision collective ». Les citoyen·ne·s se sont senti·e·s abandonné·e·s, en périphérie d’un monde politique obsédé par sa propre survie. Pendant ce temps, des mouvements populistes ont su capter l’exaspération : parler simple, désigner des responsables, promettre la restauration d’un ordre perdu.
Je le vois dans mon entourage, dans les conversations du quotidien. La désillusion est profonde. Beaucoup ne croient plus aux institutions, aux partis, ni même à l’idée qu’il est possible de s’en sortir ensemble « Ils sont là pour eux, pas pour nous ». Le vote devient une revanche. Le voisin, l’étranger, la minorité deviennent les cibles commodes de frustrations accumulées. C’est le poison lent du repli sur soi. L’extrême droite n’a pas besoin de convaincre tout le monde. Elle a seulement besoin de rendre acceptable l’idée qu’une partie d’entre nous serait de trop.
Il faut nommer cette réalité : une normalisation. Des discours hier confinés aux marges s’expriment désormais sans honte au cœur des assemblées. Les obsessions identitaires, anti-migratoires, sécuritaires dictent l’agenda. Sous couvert de défendre le peuple, elle s’attaque à des libertés fondamentales, à des droits si fragiles que nos Constitutions les protègent pour éviter de les voir disparaître à la faveur d’un vote impulsif. On nous répète que ce serait la volonté populaire. Or, la démocratie n’est pas le règne de l’arbitraire majoritaire. Elle repose sur l’État de droit. Peter Mair le rappelait : « la démocratie moderne est inconcevable en dehors du système des partis ».
J’écris cet article parce que je suis inquiète. La montée en puissance de l’extrême droite dit quelque chose de notre époque : un vide démocratique, une défiance, une lassitude. Les crises se succèdent : climat, inégalités, précarité énergétique, inflation. Et face à cette accumulation, les réponses politiques ont trop souvent été technocratiques, abstraites, déconnectées des vies concrètes. Les électrices et les électeurs ne demandent pas des slogans ni des guerres culturelles : ils demandent du travail, de la dignité, un logement, une perspective d’avenir. Quand cela ne vient pas, le ressentiment s’installe. Les populistes prospèrent sur ce terrain.
Je ne suis pas naïve. Je sais que la gauche, les écologistes, les démocrates n’ont pas toujours été à la hauteur. Mais l’urgence est de reconstruire une alternative crédible, humaine, proche des réalités. Il faut retisser les liens entre citoyen·ne·s et institutions, renforcer les contre-pouvoirs, défendre les médias indépendants, les associations, les services publics. L’histoire nous l’enseigne : quand l’on abandonne la solidarité, l’on offre un boulevard à celleux qui promettent l’ordre au prix de la liberté.
Je reste convaincue qu’une autre voie est possible : celle d’une société ouverte, juste, qui protège les plus fragiles et reconnaît en chacun·e une égale dignité. C’est cela que nous devons défendre. Non pour le plaisir d’avoir raison, mais pour la vie que nous voulons mener ensemble. J’aimerais que l’on puisse s’asseoir à une même table, partager un repas, discuter jusqu’à tard le soir. Que l’on se souvienne que nous ne sommes pas des blocs homogènes opposés, mais des êtres humains, vulnérables et splendides.
Ce basculement n’est pas irréversible. Il appelle du courage, de l’écoute, de l’action collective. Rien n’est écrit d’avance. L’histoire n’est pas condamnée à bégayer. Il nous appartient de veiller, d’argumenter, de résister quand il le faut, de tendre la main quand c’est possible. La démocratie n’est pas une évidence. C’est un combat.
Références principales
- Les Partis Creux, 2024
- Le Basculement Démocratique, 2025
- Crises Et Populismes En Europe, 2025
- Le Désarroi Politique, 2024








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