Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

, , , ,

Repenser Le Sens Et Le Bien Commun

Repenser Le Sens Et Le Bien Commun

Vers une Nouvelle Vision entre Néolibéralisme et Écologie

Comment la quête de relation et la sobriété joyeuse peuvent transformer nos sociétés face aux crises contemporaines

Je me demande souvent ce qui, dans nos sociétés contemporaines, nous a fait tant perdre le sens du bien commun. Nous vivons dans un monde où l’efficacité, la performance, l’innovation permanente semblent régner sans partage. Le récit dominant promet la liberté grâce au marché, la prospérité par la croissance, l’autonomie par la mobilité. Pourtant, ce récit ne parvient plus à nous donner un horizon. Les crises écologiques, sociales et spirituelles révèlent ses limites. « La question n’est plus seulement politique, elle est existentielle » : comment vivre ensemble lorsque la course individuelle devient la seule mesure de réussite ?

Les philosophes comme Platon ou Aristote plaçaient la cité au cœur de la vie bonne : le bien commun n’était pas un supplément moral, mais la condition même de l’épanouissement. Aujourd’hui, cette évidence s’est effritée. Une accélération permanente nous pousse à courir sans cesse, tout en nous éloignant des autres. Hartmut Rosa décrit un monde où la résonance a disparu, où le vivant ne répond plus à nos appels. La performance individuelle, devenue impératif, nous laisse paradoxalement démuni·e·s. Byung-Chul Han parle d’un « sujet épuisé, transparent, privé d’épaisseur ». Je reconnais dans ces diagnostics une réalité intime. Combien de fois me suis-je surprise à confondre urgence et importance, à sacrifier le temps long, la lenteur, l’attention ?

Pourtant, il existe des brèches. J’ai découvert, au fil de mes lectures, une autre manière de penser notre rapport au monde. Bruno Latour évoque la nécessité de retrouver un sol commun. Non pas une abstraction, mais un monde habitable où l’humain, les autres vivants et la Terre tissent une relation. Arturo Escobar parle de « plurivers ». L’expression m’a marquée. Elle désigne la coexistence de plusieurs mondes, de plusieurs rationalités, de plusieurs manières d’habiter la Terre. Le contraire de l’unique modèle néolibéral. Cette pluralité invite à écouter les savoirs situés, les cultures, les pratiques locales, plutôt que d’imposer une vérité universelle.

Cette ouverture n’est pas un refus de la modernité, mais une conversation avec elle. Mohammed Taleb insiste sur la dimension spirituelle de l’écologie. Selon lui, une société durable ne peut se construire sans un imaginaire du sacré, de la beauté, de la gratitude. Cette idée, loin d’être marginale, rencontre des aspirations profondes. Dans mes promenades, dans des rencontres simples, je ressens que le lien à la nature est aussi un lien à moi-même. Ces instants m’apprennent que la sobriété peut être joyeuse, la simplicité, libératrice.

La tension est là : comment concilier innovation et limite, autonomie et interdépendance ? Je crois que ce paradoxe n’appelle pas une résolution définitive, mais une pratique. Ivan Illich défendait l’idée « d’outils conviviaux, accessibles à toutes et à tous », à petite échelle. La convivialité n’est pas nostalgie, mais liberté. Edgar Morin écrit : « Résister, c’est créer ». Cette phrase me semble juste. Résister à la démesure, c’est inventer d’autres formes de vie : locales, solidaires, poétiques.

Je n’idéalise rien. Je sais que les structures politiques et économiques sont puissantes, et que la transformation ne se décrète pas. Mais je vois surgir des expériences : des jardins partagés, des coopératives alimentaires, des pédagogies alternatives. Elles ne corrigent pas seulement les excès : elles racontent un autre monde possible. Elles font du bien commun une aventure.

Lorsque je cherche un sens à ces chemins, je trouve une idée simple : le bien commun naît de la relation. Non pas une fusion, mais une attention mutuelle. Une présence. Une limite consentie. Peut-être sommes-nous appelées et appelés à ralentir, à écouter, à tisser. La transformation n’est pas extérieure à nous. Elle commence dans la manière dont nous regardons le monde, dont nous parlons, dont nous habitons.

Au fond, repenser le bien commun, c’est apprendre à habiter l’incertitude, à tenir ensemble nos fragilités et nos puissances. C’est une tâche à la fois humble et exigeante. Elle répond à une question ancienne : qu’est-ce qu’une vie bonne pour toutes et tous ? Je n’ai pas de réponse définitive. Mais je sais que le chemin passe par une redécouverte du lien, de la lenteur, de la beauté du monde. Nous avons besoin d’un récit qui donne envie de prendre soin.


En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire