Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Accompagner Nos Enfants Face aux Écrans : Une Nouvelle Approche Éducative

Apprendre À Accompagner Plutôt Qu’interdire

Comprendre l’impact du numérique, privilégier la qualité des contenus et guider plutôt qu’interdire

J’écris cet article parce que, qu’on le veuille ou non, les écrans font partie de nos vies. Ils ne disparaîtront pas. Il m’a fallu du temps pour l’accepter. Pendant des années, j’ai compté les minutes, caché les tablettes, instauré des règles, tout en ressentant une culpabilité sourde quand je cédais pour dix minutes de tranquillité. Aujourd’hui, je m’interroge autrement. Au lieu d’interdire, je préfère apprendre à accompagner, parce que nos enfants vivent, grandissent et se construisent dans un monde où le numérique n’est pas un supplément, mais une matière première.

J’ai longtemps pensé que surveiller la durée d’écran était la meilleure façon de protéger. C’était logique. L’idée provenait d’un constat médical simple : trop de sédentarité nuit à la santé (et j’y adhère encore). Mais notre réalité a changé. Les écrans ne forment plus un bloc homogène. Entre un film regardé ensemble, un jeu narratif, un devoir en ligne ou un flux automatisé de vidéos qui défilent sans fin, les expériences n’ont plus rien de comparable.

Lorsque j’ai découvert ce que la chercheuse Kaitlyn Regehr appelle la « pyramide digitale » (où les contenus nourrissants se trouvent à la base, et ceux qui aspirent l’attention sans rien restituer au sommet), j’ai reconnu ma propre confusion. Les minutes ne se valent pas. La qualité du contenu, le contexte dans lequel il est consommé, la présence d’une conversation avant et après changent tout. La formule qu’elle prononce dans son livre m’a marquée : « Ce qui importe, c’est la qualité du contenu, pas la quantité » Kaitlyn Regehr.

Cette phrase remet doucement en question nos réflexes. Elle ne promeut ni le laisser-faire, ni le contrôle absolu. Elle invite à regarder différemment. Une séance de cinéma en famille suscite des questions, du langage, des émotions partagées. Un flux infini de vidéos courtes, sélectionnées par un algorithme dont l’objectif principal est de retenir l’attention, n’a pas cet effet. J’ai appris à me dire que regarder Mary Poppins ensemble n’est pas une défaite. Au contraire : c’est une expérience commune.

Plus j’observe nos usages, plus je réalise que le vrai enjeu n’est pas de chiffrer. L’enjeu est de comprendre comment l’attention est captée. Les plateformes ne sont pas neutres. Leur succès repose sur des mécanismes que les adultes peinent souvent à décrypter. L’algorithme apprend nos goûts, les renforce, puis les radicalise. Sans intention malveillante apparente, mais avec une conséquence réelle : les contenus extrêmes apparaissent davantage, parce qu’ils prolongent le temps passé. Les garçons sont exposés à des discours misogynes, les filles à des modèles irréalistes de corps ou de vie. Les enfants qui ont des sensibilités particulières voient davantage de vidéos anxiogènes ou d’automutilation. « Personne n’a construit cela pour eux, mais le système les y conduit ».

C’est là que notre rôle devient crucial. Je découvre que les adolescent·e·s détestent être manipulé·e·s. Expliquer comment les plateformes fonctionnent « calmement, avec des mots simples » a plus d’impact qu’une interdiction sèche. Je préfère dire : ce que tu vois n’est pas seulement ton choix, c’est un modèle économique. L’information circule mieux quand elle n’est pas menaçante.

Je n’idéalise pas pour autant. La charge mentale numérique repose encore sur les parents, parent·e·s qui n’ont pas reçu d’outils adaptés. Les protections que nous avons pour l’alimentation, les jouets ou les médicaments n’existent pas pour les plateformes. Alors nous agissons au mieux. Nous bricolons. Nous testons des règles. Nous les adaptons. Nous échouons parfois. Et pourtant, c’est là que réside l’essentiel : « être présent·e, même imparfait·e, plutôt que parfait·e mais absent·e ».

Je choisis désormais trois gestes simples. Le premier : privilégier les contenus longs, approfondis, engageants. Le second : regarder ensemble quand cela est possible. Le troisième : parler après. Les conversations deviennent un espace de transmission. Je demande : qu’as-tu retenu ? Qu’as-tu ressenti ? Comment ce contenu t’a fait penser ou rêver ? Je ne cherche pas à tester. Je cherche à comprendre, avec elleux.

Je n’ignore pas les risques. Je les prends au sérieux. Le sommeil, l’attention, l’humeur, les comparaisons incessantes : tout cela mérite vigilance. Mais je refuse le réflexe défensif permanent. Une fois, j’ai lu cette phrase attribuée à Albert Einstein : « L’esprit qui s’ouvre à une nouvelle idée ne revient jamais à sa taille d’origine ». J’aime penser que, dans nos usages numériques, se trouve aussi cette possibilité : élargir l’esprit plutôt que le rétrécir.

Je reste convaincue que mesurer est utile, mais mesurer autrement. Au lieu de compter des minutes, je compte des expériences, des échanges, des découvertes. J’apprends à nommer ce que je vois. J’explique comment fonctionne l’attention. Je différencie le flux addictif de l’apprentissage véritable. « Je défends la curiosité, la nuance, l’esprit critique, même chez les plus jeunes ».

Nos enfants n’attendent pas un tableau Excel de leur consommation, mais une présence, une écoute, et une guidance bienveillante. Les écrans ne sont pas l’ennemi. Le désintérêt, l’absence de dialogue, le renoncement à comprendre le monde dans lequel ils grandissent le seraient davantage.

Références principales utilisées

  1. Smartphone Nation, 2024
  2. Étude Santé Enfance, 2023
  3. Rapport Recommandations Numériques, 2022
  4. Article Analyse Algorithmes Et Attention, 2024

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