Repenser nos Villes pour un Avenir Apaisé
Entre peur, prévention et justice sociale : Comment construire des espaces urbains sûrs et harmonieux sans sacrifier nos libertés ?
Je me souviens d’une promenade hivernale dans ma ville. Le soleil se couchait trop tôt, les pavés glissaient un peu et, tout près de la mairie, une caméra nouvelle observait silencieusement. Une présence presque rassurante, mais aussi légèrement intrusive. C’est sur ce fil ténu que se joue notre époque : nous voulons être protégés, mais nous aimerions l’être sans jamais nous sentir surveillés. À cent jours des municipales, la question revient partout. La sécurité s’impose, haut la main, comme enjeu prioritaire pour une majorité d’habitant·e·s. Mais de quoi parlons-nous vraiment lorsque nous prononçons ce mot devenu fétiche ?
Je crains que nous parlions d’abord de peur. La peur diffuse du soir, du soir trop sombre, du jeune qui traîne, de l’avenir incertain, de l’imprévisibilité du monde. La peur, ce sentiment politique par excellence. Et pourtant, la sécurité, pour être légitime, ne peut pas se réduire à une émotion. Elle doit devenir un projet commun, une architecture de justice, un contrat moral où tout le monde trouve sa place.
Si la sécurité s’impose, c’est aussi parce que personne ne souhaite vivre dans l’insouciance du danger. Mais lorsque je lis les promesses électorales actuelles, je découvre souvent la même recette : plus de caméras, plus de police municipale, plus de verbalisations. Cela ressemble à une logique de vitrine. Ce qui se voit rassure. Ce qui ne se voit pas « la prévention, l’éducation, l’urbanisme, le lien social » semble moins vendeur. Pourtant, ce sont ces éléments discrets qui, dans de nombreuses études, réduisent durablement les tensions. Une ville apaisée ne s’obtient pas en multipliant les uniformes mais en consolidant les relations.
Je repense à une phrase de Simone Weil que j’ai longtemps gardée au-dessus de mon bureau : « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité ». Cette phrase me revient à chaque fois que l’on parle de sécurité. Car ce dont nos quartiers manquent, souvent, ce n’est pas d’autorité, mais d’attention. « L’attention aux plus vulnérables, aux jeunes en rupture scolaire, aux personnes âgées isolées, aux familles qui ne se plaignent jamais mais vivent mal ». L’attention aux détails : éclairage public, bancs, propreté, espaces verts. Je l’ai constaté à plusieurs reprises : un square entretenu dissuade davantage qu’une caméra seule.
L’autre obsession du moment, c’est la fiscalité. On promet de baisser les impôts tout en augmentant les moyens de sécurité. On se félicite de vouloir tout à la fois : plus de services, moins de coûts. C’est une gymnastique périlleuse qui finit toujours par punir les mêmes. Une ville ne fonctionne pas à crédit permanent. Quand on baisse les impôts locaux, on coupe quelque part : crèche, médiathèque, aide aux associations, logement social. Ce sont des arbitrages, et ils sont profondément politiques. Je préfère le dire clairement : nous devons accepter de payer pour ce à quoi nous tenons. « Sinon, nous nous condamnons à la rhétorique de l’urgence, sans jamais construire l’avenir ».
Je redoute aussi la tendance à nationaliser la campagne. Des responsables politiques, prompts à transformer chaque élection en référendum sur la peur, trouveront leur intérêt dans cette focalisation. Ils parleront immigration, insécurité, désordre, comme si chaque ville était une forteresse assiégée. La municipalité devient alors une scène pour rejouer les mêmes batailles idéologiques, loin de l’art patient de la gestion locale. Je crois au contraire que la ville, la commune, est un espace modeste où se décide la qualité de nos vies. On y parle transports, écoles, logement, emploi, culture, et cette liste en dit toujours davantage que les slogans.
J’aimerais que le débat public retrouve cette modestie. Nous ne pouvons pas traiter la sécurité comme une abstraction ou un prétexte. Elle doit se résoudre au niveau des trottoirs, des éclairages, des éducateurs, des associations. Nous ne devons pas confondre la tranquillité avec la fermeture. J’aimerais des projets municipaux qui parlent de prévention, de justice, de solidarité, avec clarté et sans faux-semblants.
Je ne crois pas à la ville bunker. Je crois à la ville habitée, vivante, où la sécurité n’est pas un rempart mais une confiance partagée. Dans les mois à venir, je guetterai les programmes, j’écouterai les promesses. Et je poserai toujours la même question : que veut-on protéger, et pour qui ?
Parce que la manière dont nous répondrons à cette question dira beaucoup de notre avenir commun.
Références
- Sondage d’opinion sur les enjeux municipaux, décembre 2025
- Analyse sur la perception de la sécurité en milieu urbain, novembre 2024
- Enquête sur l’impact des politiques de prévention, juillet 2023
- Étude sur la fiscalité locale et services publics, janvier 2025








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