Pourquoi Intégrer des Ateliers d’Écriture dans les Cursus Universitaires ?
Les Bienfaits de l’Écriture Créative : Motivation, Confiance et Compétences Narratives
J’ai souvent repensé à mes années d’université. On nous apprenait à analyser les textes, à repérer les figures, à comparer les mouvements. Mais jamais personne ne nous proposait d’écrire. L’idée même semblait suspecte. Pourtant, partout ailleurs, l’écriture faisait partie de l’apprentissage. Aujourd’hui, alors que les pratiques éducatives évoluent, je me demande : pourquoi l’université française a-t-elle mis autant de temps à reconnaître la force créative de l’écriture ?
Plusieurs chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis dix ans, le nombre d’ateliers d’écriture intégrés aux cursus de lettres a doublé. Certaines universités proposent désormais des parcours complets en création littéraire. Ce n’est pas un phénomène marginal. C’est un mouvement de fond.
Je choisis d’écrire cet article parce que je mesure à quel point l’écriture créative peut transformer l’apprentissage. C’est ce que j’aurais aimé avoir lors de mes études. J’aurais aimé un espace pour essayer, échouer, réécrire, comprendre depuis l’intérieur comment un texte se construit. Car l’écriture n’est pas le contraire de l’analyse ; elle en est le prolongement.
Aujourd’hui, nous avons besoin d’une éducation qui donne des outils pour comprendre le monde, mais aussi pour le raconter. Dans une société saturée d’images et de discours, la capacité d’écrire devient essentielle. Ce n’est pas seulement une question de style. C’est une question de pouvoir, de sens, d’émancipation. Les systèmes éducatifs évoluent. Les enjeux aussi. L’accès à la culture, la confiance en soi, la maîtrise de la langue : tout cela se joue dans une page blanche.
Pourtant, les défis sont nombreux. L’inégalité d’accès reste forte. L’écriture demande du temps, de l’accompagnement, de l’attention. Les professeur·es doivent être formé·e·s. Beaucoup n’ont jamais animé d’atelier. Certain·e·s redoutent d’évaluer une production littéraire. Comment noter une nouvelle, un poème, une scène de théâtre ? Par le résultat ? Par le processus ? Les études montrent que l’évaluation la plus juste se concentre sur la progression, la capacité à réécrire, la réflexion sur ses choix.
Je me souviens d’un atelier organisé dans l’université Paris-Panthéon-Assas. Les étudiant·e·s y travaillaient chaque semaine sur un thème. Le format était simple : lecture, écriture, retour. Les résultats, mesurés sur deux semestres, montraient une augmentation significative de la motivation et de la compréhension des mécanismes narratifs. Un enseignant résumait ainsi son expérience : la pratique rendait visibles les rouages de la littérature. Les gestes, les rythmes, les structures devenaient palpables.
D’autres innovations se développent. Des résidences d’auteurs et d’autrices accueillent des groupes d’étudiant·e·s. Des parcours professionnalisants associent écriture, édition et médiation culturelle. Ce sont des initiatives modestes mais prometteuses. “Elles montrent que l’université peut être un lieu où l’on apprend aussi à créer”.
Les études sur l’éducation rappellent que la créativité est l’une des compétences essentielles pour demain. Les entreprises la recherchent. Les institutions la valorisent. Les citoyennes et citoyens en ont besoin. L’esprit critique ne se développe pas seulement par l’analyse, mais aussi par la capacité à produire, à imaginer, à mettre en mots ce qui nous traverse. Comme l’écrivait Jules Renard : « Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu ».
L’écriture créative n’est pas un luxe. C’est un investissement éducatif. Elle développe l’attention, la rigueur, l’autonomie. Elle permet de travailler la langue dans sa profondeur. Elle crée des ponts entre les disciplines. Elle renforce la confiance des étudiant·e·s. “Elle participe à l’égalité des chances”.
Reste une question : que voulons-nous pour l’université ? Un lieu où l’on commente les textes des autres ou un lieu où l’on ose en écrire ? Rien n’empêche d’allier les deux. Au contraire. Une pédagogie qui conjugue analyse et création ouvre des horizons inattendus. Elle donne aux apprenant·e·s la possibilité de comprendre le monde et d’y prendre part.
Je crois que nous avons besoin de ces espaces. Je crois qu’ils devraient être accessibles à chacun·e. Et je crois que l’avenir de l’éducation passe par une alliance renouvelée entre rigueur et imagination. C’est peut-être là que tout commence : dans une salle calme, un groupe rassemblé autour d’une feuille, et cette simple invitation à entrer dans la langue.
Je termine avec une question : « et si l’université osait, enfin, nous apprendre à écrire pour découvrir qui nous sommes ? »








Laisser un commentaire