Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Quand L’autonomie Étudiante Rencontre L’urgence Climatique

Quand L’autonomie Étudiante Rencontre L’urgence Climatique

Les Défis Et Opportunités De L’autonomie Étudiante

Transformer Les Habitudes Face À La Crise Climatique

Je me souviens de ma première rentrée universitaire. J’avais l’impression de découvrir un monde immense, libre, prêt à s’ouvrir devant moi. J’ai vite compris que cette liberté avait un prix : il fallait choisir, chaque jour, comment vivre. Cuisiner seule ou acheter préparé. Prendre le tram, le bus, ou marcher. C’est dans ces gestes minuscules que se jouait ma relation au monde, à l’environnement, à l’avenir. Le campus n’était pas seulement un lieu d’études : c’était un laboratoire quotidien où se forment des habitudes, parfois durables.

La question qui me hante aujourd’hui est simple et brutale : l’éducation transforme-t-elle vraiment nos comportements face à l’urgence écologique, ou se heurte-t-elle à des murs invisibles, faits de précarité, d’habitudes et d’inégalités ?

Selon plusieurs enquêtes récentes, de nombreux et nombreuses étudiant·e·s affirment avoir modifié leur alimentation ou leurs déplacements pour des raisons environnementales. Des changements existent, mais ils restent fragiles. celleux qui vivent chez leurs parents changent moins souvent leurs habitudes que les étudiant·e·s autonomes. Les difficultés financières favorisent parfois un régime plus frugal, mais elles freinent presque toujours l’accès à une mobilité durable. Les campagnes de sensibilisation, même bien intentionnées, ne suffisent pas à réduire l’écart entre ce que nous voulons faire et ce que nous pouvons réellement faire.

Je refuse l’idée qu’il suffirait d’informer pour transformer. L’éducation est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. Les chiffres, même prudents, montrent que comprendre les enjeux ne garantit pas d’agir. Nous savons. Nous savons beaucoup. Ce qui manque, trop souvent, c’est la capacité d’agir dans la réalité matérielle de nos vies. Lorsque la viande locale coûte plus cher que les pâtes, lorsque le vélo est impossible, car les pistes manquent, lorsque le logement étudiant impose une distance interminable, la morale écologique devient un luxe que certain·e·s ne peuvent pas payer.

Pourtant, je reste convaincue que l’éducation reste un levier essentiel. Elle allume une flamme, elle maintient la conscience éveillée. Elle peut aussi donner envie de créer, d’inventer, d’agir malgré les obstacles. J’aime cette phrase attribuée à Plutarque : « L’éducation ne consiste pas à remplir un vase, mais à allumer un feu ». Rien n’est plus vrai. Ce feu éclaire les contradictions de nos existences modernes. Il nous oblige à regarder le monde tel qu’il est, et à chercher ce que nous pouvons changer.

Je vois trois moteurs pour un changement crédible.

D’abord, la cohérence des institutions. Il est intenable d’enseigner le développement durable dans des amphithéâtres chauffés à blanc, tout en servant des repas standardisés et en laissant les étudiant·e·s se débrouiller avec des transports inaccessibles. Les campus devraient être exemplaires, pas uniquement disciplinaires. Un repas durable, abordable, est un acte éducatif. Une piste cyclable qui mène vraiment jusqu’au campus est une leçon. La gratuité d’ateliers culinaires ou de réparation de vélo n’est pas un gadget : c’est une politique.

Ensuite, la prise en compte de la santé psychique. Les études montrent une inquiétude climatique massive chez les jeunes. Certain·e·s agissent avec détermination, d’autres se sentent paralysé·e·s. L’éco-anxiété est réelle. Elle ne disparaîtra pas avec un cours magistral. Il nous faut des espaces de parole, des actions concrètes, une pédagogie du souffle, pas de la culpabilité.

Enfin, l’importance de la solidarité. Je n’ai jamais rencontré une seule personne qui refuse l’écologie par principe. En revanche, j’ai rencontré des étudiant·e·s qui n’avaient pas les moyens de faire mieux. L’écologie individuelle ne doit pas devenir un privilège tacite réservé aux milieux aisés. Là où l’argent manque, la volonté s’épuise. Si nous voulons une société durable, l’effort doit être collectif, partagé, institutionnel. Sinon, nous organiserons une écologie à deux vitesses.

Je ne crois pas aux injonctions morales qui culpabilisent sans offrir de solutions. Je crois à la dignité. Je crois à la pédagogie. Et je crois que l’université est une formidable occasion de repenser nos habitudes. Apprendre à vivre autrement n’est pas une contrainte : c’est une chance.

Je veux qu’on pose enfin la bonne question : non pas « pourquoi les jeunes ne changent-ils pas ? », mais « de quoi ont-ils besoin pour pouvoir changer ? ». Nous savons à présent que l’autonomie étudiante peut être une fenêtre de transformation. Encore faut-il l’ouvrir vraiment. Aux institutions, de montrer l’exemple. À nous, de garder le feu allumé.


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