Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Féminicides En France : L’urgence D’agir Pour Protéger Les Femmes

Pour Ne Plus Compter Nos Mortes

Nommer, Surveiller, Protéger – Avant Qu’il Ne Soit Trop Tard

Nous nous étions habituées au confort. Au point d’oublier que toute société se construit sur des choix. Aujourd’hui, ces choix nous reviennent comme un boomerang : ils exigent de nous du courage.

En 2024, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France – un chiffre en hausse de 11 % par rapport à l’année précédente. Derrière ces chiffres froids, se cache une réalité grave : des femmes qui, pour une part importante d’entre elles, avaient déjà alerté les forces de l’ordre, porté plainte, demandé de l’aide. Je n’écris pas cet article pour pleurer l’horreur d’un fait divers. J’écris parce que le nombre de féminicides augmente sans cesse et que la société est en train de régresser. Il est grand temps d’éradiquer le patriarcat – sans plus tarder.

Je refuse la résignation. Je crois en la nécessité d’un sursaut collectif, lucide et déterminé.

Définir le problème

Le mot « féminicide » s’est imposé, c’est déjà une victoire sémantique : nommer, c’est reconnaître. Mais c’est loin d’être suffisant. (Pour le patriarcat ce ne sont que des crimes d’amour, passionnels !) Car les féminicides ne sont ni des tragédies isolées ni des drames improbables : ce sont les aboutissements les plus extrêmes d’un continuum de violences – psychologiques, économiques, institutionnelles, culturelles – que subissent les femmes tout au long de leur vie. En creux, l’essor du mot « féminicide » révèle aussi un échec collectif : la promesse d’une protection, d’un repérage, d’un accompagnement n’a pas été tenue.

Sans un investissement constant, massif et structuré – dans la prévention, le comptage, la prise en charge et la justice – nommer les féminicides ne suffira plus : nous verrons encore plus de noms s’ajouter à la liste. Pour les stopper, il faut compter pour comprendre, protéger pour agir, et honorer les victimes pour transformer durablement notre société.

Premièrement, les chiffres eux-mêmes forcent l’urgence. En 2024, selon le rapport national, 138 morts violentes au sein du couple ont été recensées, dont 107 femmes. Dans 90 % des cas, le meurtre a lieu au domicile du couple, souvent après des violences déjà signalées. Près de la moitié des victimes avaient alerté la police ou la gendarmerie – certaines avaient déposé plainte, d’autres étaient sous dispositif de protection. Cela signifie que ces meurtres étaient prévisibles. Et pourtant, des femmes continuent de mourir. Chaque décès est un échec collectif.

Deuxièmement, les acteurs essentiels de la lutte – les associations d’aide, les refuges, les lignes d’écoute, les permanences juridiques – sont aujourd’hui en danger. En 2025, plus de 70 % des associations interrogées signalent une dégradation de leur situation financière. Les subventions ont baissé en moyenne de 15 %, certaines antennes rurales ferment, les permanences juridiques sont supprimées, des rendez-vous sont retardés. Or ces associations constituent souvent le dernier rempart avant le drame, pour des femmes sans ressource, sans logement, sans protection. En les fragilisant, c’est la sécurité de nombreuses femmes qui s’effondre.

Troisièmement, le modèle actuel de suivi des violences manque d’indépendance, de transparence et d’efficacité. Le ou la responsable politique de tour est la même : l’État via l’Mission Interministérielle pour la Protection des Femmes (Miprof). Or un observatoire étatique, soumis aux aléas budgétaires et aux priorités fluctuantes, ne suffit plus. Il faut un observatoire national indépendant, doté de moyens pérennes, qui associe chercheurs et chercheuses, associations, médias et institutions – pour garantir un comptage fiable, un suivi continu, une évaluation critique des politiques publiques.

Quatrièmement, la mémoire a un rôle essentiel. À l’instar du 6 décembre – date de la tragédie de l’École polytechnique de Montréal –, instaurer une journée mondiale de lutte contre les féminicides permettrait non seulement de rendre hommage aux victimes, mais de maintenir la pression sociale et politique, d’entretenir la vigilance collective, et de faire de la lutte contre les violences misogynes une priorité récurrente, non un hashtag d’indignation éphémère.

On pourrait dire – et certains le diront – que les ressources sont trop contraintes, que l’État a déjà augmenté les budgets dédiés à la lutte contre les violences faites aux femmes, que les associations doivent faire mieux avec moins. Mais ces arguments oublient un fait central : un recul des moyens coïncidant avec une hausse des décès. L’augmentation des financements en valeurs absolues reste insuffisante si les subventions locales baissent, si les versements sont retardés, si les associations ferment des permanences. « L’urgence ne tolère ni économie ni bricolage ».

On pourrait encore objecter qu’une journée mondiale ou un observatoire indépendant n’ont qu’une valeur symbolique – mais l’histoire des droits civiques montre le pouvoir des symboles : ils fixent des repères collectifs, suscitent des engagements, structurent des politiques. Sans cela, le sens se dilue, la mémoire s’érode, l’indignation s’épuise.

Chaque féminicide est un signal que nous devons entendre et transformer en action. Nous ne pouvons plus accepter qu’une femme meure parce que l’État ou la société n’aura pas su ou voulu la protéger. Nous devons exiger, sans équivoque, la création d’un observatoire national indépendant des féminicides, la sanctuarisation des financements des associations, et l’institution d’une journée mondiale – le 6 décembre – pour rendre visible ce crime de masse, honorer les victimes, et rappeler que chaque féminicide est un féminicide de trop.

Nous avons le pouvoir de changer le destin de milliers de femmes – si nous décidons de vouloir le faire.

Références principales :

  1. « Violences conjugales : 107 femmes tuées en 2024, en hausse de 11 % » (RTL / AFP, 31 octobre 2025)
  2. « Observatoire national des violences faites aux femmes – Mission Interministérielle » (site gouvernemental, 2025)
  3. « Coupes budgétaires : la survie des associations féministes compromise, des milliers de femmes en danger » (Fondation des Femmes, 27 août 2025)
  4. « Alerte sur la baisse des financements des associations d’aide aux femmes victimes de violences » (Le Monde, 28 août 2025)

En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire