Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Moi Aussi Je Suis Une Sale Conne

Moi Aussi Je Suis Une Sale Conne

Ma Réponse Aux Sales Connes

Transformer Une Injure en Cri de Ralliement Féministe

Je me souviens du moment où j’ai découvert la vidéo. La phrase avait été prononcée sans filtre, comme une gifle. Des militantes féministes interrompent un spectacle pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles, et la première dame de France lâche, en coulisses, ce mot brutal : “sales connes”. J’aurais pu détourner le regard, ranger l’histoire dans le grand tiroir des indignations fugaces. Pourtant, quelque chose m’a piquée au vif. Ce « nous » blessé, ce « elles » remis à sa place, disait plus qu’une colère passagère. J’ai senti que je devais écrire. « Moi aussi je suis une sale conne ».

Les faits sont simples : un spectacle interrompu, des militantes portant des masques dénonçant un viol présumé qui s’est conclu par un non-lieu confirmé en appel. La justice a parlé. La société, elle, continue de chercher. Les vidéos circulent, les réactions fusent. Ce qui devait rester une parole privée devient publique, et nous voilà plongé·e·s dans une querelle nationale. Un hashtag se répand, soutenu par des artistes, des responsables politiques, des anonymes. Judith Godrèche écrit : « Moi aussi je suis une sale conne. Et je soutiens toutes les autres ». Je lis ces mots sur un écran noir, comme un manifeste improvisé. Je comprends le geste : reprendre l’injure, la vider de son poison, en faire un étendard. Ce n’est pas nouveau. Les féministes l’ont toujours fait. Retourner la honte pour en faire une force. Cette fois, ce n’est pas un slogan froid, c’est un cri de solidarité.

Je ne suis pas naïve. L’action directe choque. Interrompre un spectacle, c’est bousculer un espace de divertissement, déstabiliser celleux qui viennent simplement passer une soirée. Cela interroge : quand la justice rend un non-lieu, est-il légitime de brandir le mot violeur sur une scène publique ? La question est complexe. Entre droit et morale, il n’y a pas de ligne nette. Les personnes victimes, elles, le savent. On nous répète la présomption d’innocence, mais rarement la présomption de vérité des survivantes. Les deux doivent coexister, et cela demande de la nuance. Je comprends la gêne de certain·e·s, la colère d’autres. « Ce qui me frappe, c’est le choix des mots de la première dame. Une femme qui incarne, malgré elle, l’institution, la représentation symbolique du pays. Elle aurait pu dire « je désapprouve la méthode ». Elle a dit « sales connes ». Le glissement n’est pas anodin. C’est l’insulte qui parle, pas l’argument ».

Je crois que notre époque manque de douceur. Nous vivons dans un pays où plus de 200 000 femmes sont victimes de violences chaque année, et où les associations qui les accompagnent se débrouillent avec des budgets précaires. Dans ce contexte, voir des militantes décrites comme sales connes me heurte profondément. Pas parce que le mot serait insupportable en soi, mais parce qu’il dit l’inversion de la honte : celles qui dénoncent deviennent un problème. Le monde à l’envers. Alors oui, je préfère la réappropriation. Elle me semble plus saine que la blessure silencieuse. Elle dit : nous sommes nombreuses, nous sommes humaines, nous ne sommes pas parfaites, nous sommes en colère, et cela compte.

La question qui me hante est simple : comment défendre sans humilier ? Comment protéger sans écraser ? “Rien ne m’autorise à juger la première dame sur sa personne. Mais ses mots, eux, sont publics, et ils ont une portée. Quand on parle depuis une position élevée, l’écho est plus fort, plus lourd”. Les militantes ne sont pas des monstres. Elles ne sont pas des saintes non plus. Elles sont nos sœurs, nos amies, nos voisines. Je refuse de croire que la seule réponse face à l’activisme est l’insulte. Je préfère la nuance exigeante à la condamnation impulsive. Je préfère l’appel à l’action à la réprobation.

Je ne demande à personne de s’identifier à un hashtag. Je ne crois pas que l’on construise un monde meilleur à coups de slogans. Mais je crois au pouvoir de la parole quand elle s’allie à l’action. Je crois dans l’éducation, la prévention, la solidarité. Je crois qu’on peut être en désaccord sur les moyens et rester allié·e·s sur le but. Le féminisme n’est pas une chapelle unique. C’est une constellation mouvante. Son horizon est simple : la dignité, pour tout le monde.

Je termine par une conviction. Nous ne gagnerons rien à nous insulter les un·e·s les autres. Nous gagnerons tout à nous écouter, à débattre, à protéger celleux qui souffrent. Pour les victimes, pour les survivantes, pour les collectifs qui travaillent dans l’ombre, je continuerai à écrire.

« Parce que moi aussi je suis une sale conne. Et parce que j’en suis fière ».

Sources pertinentes :

  1. Les Violences Sexistes Et Sexuelles En France, 2024
  2. Réactions Politiques À La Polémique, 2025
  3. Non-Lieu Confirmé En Appel Dans L’Affaire Abittan, 2025
  4. Transformation Du Hashtag #salesconnes, 2025

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