Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Éducation à la Sexualité : Un Pilier Négligé pour Construire une Société Égalitaire

L’Éducation À La Sexualité Que La France Doit À Ses Jeunes

Solutions et Initiatives pour Améliorer l’Éducation Sexuelle en France

Je repense souvent à cette statistique discrète, presque oubliée : pendant plus de vingt ans, moins de 15 % des élèves ont bénéficié des séances d’éducation à la sexualité pourtant obligatoires. Ce chiffre ouvre une question essentielle : comment un pays qui se dit attaché à l’égalité et à la protection de la jeunesse peut-il laisser de côté un pilier aussi fondamental que l’éducation affective, relationnelle et sexuelle ? J’écris cet article parce que je suis convaincue que la France ne pourra avancer qu’en transmettant à ses jeunes une culture du respect, de la connaissance de soi et de l’égalité. L’éducation à la sexualité n’est pas un supplément facultatif. C’est un droit, une nécessité, une promesse non tenue.

Je mesure chaque jour à quel point l’éducation façonne une société. Elle transmet des repères, ouvre des horizons et protège contre de nombreuses formes de violence. L’évolution de notre système éducatif montre une tension constante : « l’école doit s’adapter à des enjeux sociaux, numériques et culturels qui s’entrecroisent ». L’éducation à la sexualité participe de cette transformation. Elle aide les élèves à comprendre leur corps, à repérer les stéréotypes, à prévenir les violences sexistes et sexuelles. Elle n’a rien d’une intrusion. Elle est une réponse aux défis d’aujourd’hui.

Les obstacles restent pourtant nombreux. Les inégalités territoriales persistent, au point que deux élèves du même âge peuvent vivre une scolarité totalement différente selon où iels grandissent. La formation des personnels demeure insuffisante : trop de professeur·e·s se sentent démuni·e·s face à un sujet sensible, parfois politisé à outrance. La désinformation complique encore la situation, entre fantasmes, interprétations erronées et peurs instrumentalisées. Beaucoup d’adultes pensent encore qu’on sexualise les enfants, alors que les séances de maternelle portent surtout sur l’intimité, la confiance et le consentement. Un médecin que j’ai rencontré l’exprimait simplement : « Éduquer à la sexualité, c’est d’abord apprendre à se protéger » (Martin Winckler).

Pourtant, je vois aussi émerger des solutions inspirantes. Dans plusieurs écoles, des binômes composés d’enseignant·e·s et d’infirmier·e·s mènent des ateliers d’une grande finesse. Ils utilisent des outils adaptés à chaque âge : silhouettes à compléter, mises en situation, jeux coopératifs. Les retours des élèves sont souvent touchants. En primaire, une enseignante me racontait comment un élève avait résumé une séance sur le respect du corps par une phrase lumineuse : « On peut dire non même quand on est petit·e ». Dans certaines académies, des formations nouvelles commencent à porter leurs fruits. Des associations spécialisées proposent des interventions coconstruites avec les équipes éducatives, et leur travail, quand il est encadré, renforce la cohérence des parcours.

La France dispose aujourd’hui d’un programme clair, progressif, étalé de la maternelle au lycée. L’avenir dépendra de notre capacité à en faire plus qu’un texte : un engagement commun. Les compétences de demain ne se résument pas aux langues ou aux mathématiques. Elles incluent l’esprit critique, l’écoute, la compréhension du consentement, la capacité à décoder les informations trompeuses. Les familles, les institutions, les enseignant·e·s et les associations ont chacune un rôle à jouer pour construire cette culture du respect.

Je crois profondément que l’éducation à la sexualité est un investissement dans la société que nous voulons. Elle forme des citoyen·ne·s libres, responsables et capables d’aimer sans violence. En regardant lucidement les manques, en soutenant les équipes de terrain et en refusant les peurs qui obscurcissent le débat, nous pouvons avancer. L’école n’a pas vocation à remplacer les familles, mais à garantir que chaque enfant, dans chaque territoire, reçoive les mêmes bases pour comprendre, choisir et se protéger. C’est un effort collectif, et il commence par une question simple : « sommes-nous prêt·e·s à offrir aux jeunes les connaissances et la dignité qu’iels méritent ? »

Références principales

  1. Programme officiel d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, 2025.
  2. Rapport du Conseil économique, social et environnemental sur l’éducation à la sexualité, 2024.
  3. Étude sur la mise en œuvre de la loi de 2001 dans les établissements scolaires, 2023.
  4. Analyse sur la prévention des violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire, 2025.

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