Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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La Corse Malade Du Surtourisme

La Corse Malade Du Surtourisme

Nos Choix De Société Quand Le Climat Dérègle L’Île

Penser L’Avenir Autrement Sur Un Territoire Fragilisé

La Corse donne encore l’image d’un refuge. Une île préservée, lumineuse, offerte aux regards et aux désirs. Mais derrière cette carte postale persiste une réalité plus âpre. Chaleur extrême, sécheresse chronique, incendies hors saison, pénuries d’eau et tempêtes meurtrières composent désormais le décor ordinaire. Nous savons que le climat se dérègle plus vite ici qu’ailleurs, et nous persistons pourtant à intensifier un modèle touristique qui épuise les ressources, fragilise les équilibres et accentue les inégalités.

Le problème n’est pas le tourisme en soi. Le problème est le surtourisme, cette concentration massive et saisonnière de flux humains sur un territoire insulaire limité, déjà soumis à une pression climatique inédite. En quelques semaines estivales, certaines communes voient leur population multipliée par dix. L’eau devient rare, les routes saturées, les déchets s’accumulent, les sols s’artificialisent. Le tourisme n’est plus un levier d’équilibre, il devient un facteur aggravant de vulnérabilité écologique.

La thèse est claire : la Corse est malade du surtourisme parce qu’il amplifie les effets du réchauffement climatique et compromet toute projection sereine vers l’avenir. Là où l’adaptation devrait guider les politiques publiques, nous continuons à privilégier le rendement immédiat, au détriment du long terme.

Premier argument : la crise de l’eau. Les cours d’eau insulaires ont perdu une part significative de leur débit en quelques décennies, tandis que les températures des rivières atteignent des seuils incompatibles avec la vie aquatique. Dans le même temps, piscines privées, golfs et hébergements saisonniers prolifèrent. Cette contradiction n’est plus tenable. Elle expose une hiérarchisation implicite des usages où l’économie touristique l’emporte sur les besoins vitaux.

Deuxième argument : l’artificialisation accélérée des sols. Résidences secondaires, infrastructures routières, parkings littoraux grignotent les terres agricoles et les zones naturelles. Or, ce sont précisément ces espaces qui amortissent les chocs climatiques. En détruisant les écosystèmes, nous affaiblissons nos propres capacités de résilience.

Troisième argument : l’impasse sociale et générationnelle. Les jeunes formé·e·s en Corse s’interrogent désormais ouvertement sur leur avenir. Où vivre demain ? À quel coût ? Dans quelles conditions climatiques ? Quand l’accès au logement devient impossible et que les métiers proposés restent majoritairement saisonniers et précaires, le surtourisme cesse d’être un moteur et devient un verrou.

Certaines objections reviennent inlassablement : le tourisme ferait vivre l’île, il serait notre seule richesse. Cet argument mérite d’être nuancé. Ce modèle crée de la valeur, mais il en détruit aussi. Il concentre les bénéfices, externalise les coûts environnementaux et reporte les risques sur les générations futures. Comme le rappelle le naturaliste Antoine Gatet, « La crise écologique ne se résume pas au réchauffement climatique ». Elle est aussi sociale, culturelle et politique.

La Corse se trouve à un carrefour. Poursuivre le statu quo, c’est accepter une lente dégradation du territoire et des conditions de vie. Changer de cap suppose de repenser l’accueil, de limiter les flux, de valoriser les séjours longs, de protéger strictement l’eau, les sols et le vivant. Cela suppose surtout de redéfinir collectivement ce que nous considérons comme un progrès.

La question n’est plus de savoir combien de personnes peuvent venir, mais comment nous voulons vivre ici. Et si l’avenir de la Corse ne se jouait pas dans toujours plus de fréquentation, mais dans une sobriété choisie, juste et durable ?

Références principales

  1. Accord De Paris Sur Le Climat – 2015
  2. Rapport Sur L’État Du Climat En Méditerranée – 2023
  3. Rapport Des Nations Unies Sur L’Avenir De L’Environnement Mondial – 2024
  4. Bilan Climatique Annuel De La Corse – 2025

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