Iran, Islamisme Et Gauche Radicale : Une Cécité Persistante
Révolte Sociale Ou Combat Contre Une Théocratie
Il arrive que certaines controverses dépassent le simple désaccord politique pour devenir des révélateurs idéologiques. La lecture par la France insoumise des révoltes iraniennes en fait partie. Alors que les manifestations parties de la hausse du coût de la vie se sont rapidement muées en contestation frontale d’un régime théocratique autoritaire, une partie de la gauche radicale française a persisté à privilégier une interprétation strictement économique. Ce décalage n’est pas anodin : il dit quelque chose de profond sur le rapport de LFI à l’islamisme politique.
Les faits sont connus. Inflation galopante, effondrement du pouvoir d’achat, sanctions internationales : la société iranienne est sous pression. Mais réduire la colère populaire à la « vie chère » revient à ignorer qu’en Iran, l’économie n’est jamais dissociable du politique (ni du religieux). Le régime des mollahs organise la pénurie autant qu’il impose la répression. Les femmes qui brûlent leur voile, les jeunes qui scandent « femme, vie, liberté » ne réclament pas seulement une vie digne ; iels exigent la fin d’un système qui contrôle les corps, les esprits et les existences.
C’est ici que le discours de LFI pose problème. En mettant en avant une analyse quasi exclusive des causes économiques, certain·e·s responsables insoumis·e·s donnent le sentiment de minorer la nature islamiste du régime, comme si la qualification elle-même était suspecte. Cette prudence lexicale contraste avec la vigueur déployée pour dénoncer le néolibéralisme occidental ou les ingérences américaines. L’accusation récurrente d’une manipulation extérieure, notamment israélienne, agit comme un écran : le régime iranien disparaît derrière une lecture géopolitique binaire, où l’ennemi principal reste l’Occident.
Cette posture rappelle un réflexe ancien. Après les attentats de Charlie Hebdo, combien de discours commençaient par une condamnation formelle pour se poursuivre par un « oui, mais… » ? Comme si la violence islamiste devait toujours être contextualisée, expliquée, presque excusée, là où d’autres idéologies meurtrières sont nommées sans détour. Cette indulgence intellectuelle n’est pas le fait de toute la gauche, mais elle trouve chez LFI une expression récurrente, nourrie par une vision du monde où l’anti-impérialisme devient la clé unique de lecture.
Cela ne signifie pas que l’analyse économique soit illégitime. Comme le rappelle la sociologue iranienne Mahnaz Shirali, « La contestation économique n’est pas différente de la contestation politique ». Les grandes révolutions naissent souvent du pain avant de réclamer la liberté. Mais refuser de nommer la théocratie islamiste, refuser de reconnaître que la religion est ici un instrument central de domination, revient à trahir la réalité vécue par la population iranienne.
Ma position est claire, sans être aveugle. LFI, comme le Rassemblement national, compte des figures problématiques. Mais lorsqu’un même schéma se répète, lorsqu’une même complaisance s’installe face à l’islamisme politique, la question se pose : s’agit-il encore de brebis galeuses ou d’une ligne idéologique assumée ? Reconnaître cette dérive n’interdit pas la nuance, ni la critique de l’Occident. Cela exige simplement une cohérence morale.
La question demeure ouverte. Peut-on défendre l’émancipation humaine tout en relativisant des régimes qui la piétinent au nom du sacré ? La réponse engage bien plus qu’un positionnement partisan. Elle engage notre capacité collective à penser la liberté sans angles morts.






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