Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Le Rêve Américain Comme Mise En Scène Du Vide

Le Rêve Américain Comme Mise En Scène Du Vide

Jake Paul sur Instagram.

Influence, Argent Et Domination Symbolique

Quand La Réussite Devient Une Arme Idéologique

Il n’y a rien à comprendre, seulement quelque chose à regarder en face. Un homme seul, influenceur, riche, armé, (Jake Paul) exhibant l’argent comme on exhibe un trophée, et appelant cela un idéal. Comment ne pas être dégoûtée par ce comportement typiquement américain que Donald Trump rêve d’imposer au monde entier, non comme une culture parmi d’autres, mais comme une norme globale, exportable, indiscutable. Ce n’est pas une image isolée. C’est un condensé. Un résumé brutal de ce que le rêve américain est devenu lorsqu’il n’est plus un horizon collectif, mais une vitrine obscène.

Ce que cette iconographie dissimule est pourtant simple. La réussite exhibée n’est pas une promesse, mais une exception statistique. La sociologie le documente depuis des décennies : la mobilité sociale aux États-Unis est aujourd’hui plus faible que dans la majorité des pays européens comparables. Le discours méritocratique persiste, non parce qu’il est vrai, mais parce qu’il est utile. Il permet de transformer un système structurellement inégalitaire en récit moral. Si l’on échoue, c’est que l’on n’a pas assez cru. Pas assez tenté. Pas assez travaillé.

Cette logique n’est pas neutre. Elle est politiquement active. Elle exonère les structures, absout les institutions, et transfère toute la charge de l’échec sur les individus. Le sophisme du survivant devient une pédagogie sociale : on exhibe celleux qui ont réussi pour mieux effacer la masse de celleux qui n’y parviendront jamais, non par manque de volonté, mais par manque d’accès, de capital, de protection. La richesse n’est plus présentée comme le fruit d’un rapport de force économique, mais comme une récompense morale.

Jake Paul sur Instagram.

Le culte de l’image parachève le dispositif. Jets privés, liasses de billets, armes brandies comme des accessoires virils : tout est faux, mais tout fonctionne. La mise en scène n’a pas besoin d’être crédible, seulement désirable. L’influenceur n’incarne pas une réussite réelle, mais une fiction rentable. Son existence repose sur l’attention de millions de personnes précarisées, maintenues dans un état intermédiaire : assez intégrées pour consommer, trop fragilisées pour contester. Ce n’est pas un hasard. C’est un modèle.

Donald Trump n’a rien inventé. Il a simplement levé le voile. Son projet n’est pas économique, il est culturel. Imposer au monde une vision où l’accumulation vaut morale, où la domination s’appelle leadership, où la brutalité se confond avec l’authenticité. Ce que cette idéologie appelle « liberté » n’est souvent que l’abandon organisé de toute solidarité. Ce qu’elle nomme « réussite » est fréquemment une extraction sans limite.

Comme l’écrivait Christopher Lasch, « la culture du narcissisme est une culture de la survie sans projet collectif ». Cette phrase n’a pas vieilli. Elle éclaire ce que ces images produisent : non pas l’émancipation, mais la résignation. Elles n’invitent pas à réussir, elles apprennent à accepter l’échec collectif comme une fatalité individuelle.

Ce qui se présente comme raisonnable est en réalité dangereux. Un monde qui admire ses exceptions tout en abandonnant sa majorité est un monde qui prépare sa propre rupture. Et le silence poli face à cette mascarade n’est pas de la modération. C’est une complicité.

Références principales

  1. Le Capital Au XXIe Siècle – 2013
  2. La Culture Du Narcissisme – 1979
  3. The Meritocracy Trap – 2019
  4. The Spirit Level – 2009


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