Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Tinder N’Est Pas L’Amour

Tinder N’Est Pas L’Amour

Chronique D’Une Solitude Partagée

Romantisme Fugace Et Désirs Assumés

Il y a ces soirs où la lumière décline plus lentement que les pensées. Le téléphone repose dans la paume, tiède, familier. Un visage apparaît, puis un autre. Un geste simple, presque machinal. Tinder s’ouvre souvent dans ces interstices du quotidien où la solitude devient plus lourde que le silence. Non pas comme une promesse d’amour, mais comme une veilleuse discrète dans la nuit intérieure.

Non, Tinder n’a rien à voir avec l’amour. Et c’est peut-être là sa vérité la plus honnête. L’amour demande du temps, de l’épaisseur, des renoncements silencieux. Il se tisse dans la durée, dans l’imperfection acceptée. Tinder, lui, offre autre chose. Une présence immédiate, une chaleur provisoire, une respiration. Les travaux en psychologie sociale montrent que les applications de rencontre répondent avant tout à un besoin de lien, de reconnaissance et de validation, bien plus qu’à une quête amoureuse structurée. Elles apaisent, momentanément, le sentiment d’isolement qui traverse nos sociétés contemporaines.

Le geste de swiper ressemble moins à un choix qu’à une oscillation émotionnelle. On ne cherche pas une personne pour la vie, mais une présence pour l’instant. Un regard qui répond, une conversation qui s’allume, parfois un corps qui rassure. La sociologie des usages numériques l’observe depuis plusieurs années : l’abondance de profils ne crée pas l’amour, elle crée du passage. Des rencontres comme des saisons courtes, intenses, sans promesse.

Il y a pourtant du romantisme, oui. Un romantisme discret, fragile. Celui d’un message envoyé tard, d’un rire partagé dans un café inconnu, d’une main frôlée sans lendemain. Ce romantisme-là n’a rien d’éternel, mais il est réel. Il ne construit pas, il éclaire. Il ne projette pas, il réchauffe. Des chercheuses et chercheurs en sciences affectives rappellent que ces micro-connexions peuvent nourrir l’estime de soi et offrir un sentiment d’existence partagée, tant qu’elles ne sont pas confondues avec un projet amoureux profond.

Vient alors la bascule intérieure. Comprendre que ce que l’on vit n’est pas un échec de l’amour, mais une autre forme de lien. Barry Schwartz l’a formulé avec justesse lorsqu’il écrivait : « Là où il y a trop de choix, il y a moins de satisfaction » Barry Schwartz. Sur Tinder, l’amour se dissout dans l’horizon infini des possibles, mais le désir, lui, circule encore. Libre. Décomplexé. Parfois tendre, parfois brut.

Refuser d’appeler amour ce qui n’en a pas la densité est un acte de respect. Respect pour soi, pour l’autre, pour ce que l’amour exige vraiment. Tinder n’est pas un mensonge tant qu’on ne lui demande pas ce qu’il ne peut offrir. Il est un espace de rencontres, de corps, de mots, de soirs partagés. Rien de plus. Rien de moins.

Et peut-être est-ce déjà beaucoup. Car rompre la solitude, même brièvement, c’est parfois réapprendre à sentir. La peau, la voix, la présence. Puis refermer l’application, sans amertume. En laissant l’amour, le vrai, attendre ailleurs. (dans un temps plus lent, plus exigeant)


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