Femme Ni Soumise Ni Dévouée
Égalité Sociale et Conformité : Briser les Chaînes Invisibles du Conditionnement
Je n’arrive même pas à imaginer de devoir chaque jour parlementer pour tous les aspects de ma vie. Cette pensée me serre la poitrine. Vivre ainsi, ce serait habiter une existence de dépendance, où chaque décision serait négociable, réversible, jamais pleinement mienne. Là où le choix cesse d’être un acte, il devient une option soumise au regard, à l’autorisation, parfois au chantage affectif.
Ce phénomène n’est ni marginal ni ancien. Il s’inscrit dans une longue histoire sociale où l’autonomie féminine a été conditionnelle, graduelle, souvent tolérée plutôt que reconnue. Malgré les avancées juridiques, de nombreuses personnes continuent d’intégrer, parfois sans en avoir conscience, l’idée que leurs désirs doivent être justifiés, expliqués, validés. La liberté existe alors sur le papier, mais vacille dans l’intime. Ce décalage nourrit une fatigue psychique diffuse, une forme de lassitude existentielle proche du burnout relationnel (phénomène étudié en psychologie du travail émotionnel).
Sur le plan psychologique, cette dépendance s’ancre dans plusieurs mécanismes bien connus. Le premier est l’apprentissage de la conformité. Dès l’enfance, certaines personnes sont renforcées lorsqu’elles s’adaptent, se taisent, anticipent les besoins d’autrui. Progressivement, le cerveau associe la sécurité affective à l’effacement de soi. Le second mécanisme relève de la peur de la perte : perdre l’amour, l’appartenance, la reconnaissance. Dans ce cadre, choisir librement devient un risque émotionnel majeur. À cela s’ajoute la charge mentale, concept décrit par la sociologie contemporaine, qui épuise la capacité à décider pour soi lorsque l’on décide déjà pour tout le reste.
La philosophe Simone de Beauvoir l’exprimait avec une lucidité toujours actuelle : « On ne naît pas femme : on le devient », Simone de Beauvoir. Cette phrase ne parle pas d’identité biologique, mais d’un conditionnement progressif qui transforme la contrainte extérieure en autocensure intérieure. Le plus redoutable n’est pas de devoir demander la permission, mais de finir par se l’imposer soi-même.
Mon point de vue est clair. Une vie où les choix ne sont que des options n’est pas une vie négociée, c’est une vie amputée. L’autonomie psychique ne consiste pas à tout refuser, mais à ne plus confondre amour et renoncement, lien et soumission. Refuser de parlementer sans fin, c’est restaurer une frontière saine entre soi et le monde. C’est reconnaître que le respect commence là où l’explication permanente s’arrête.
Reste une question essentielle, que je te laisse en héritage plus qu’en conclusion. Combien de décisions prends-tu encore en espérant ne déranger personne ? La liberté n’est pas une posture spectaculaire. Elle est souvent discrète, parfois inconfortable, mais profondément réparatrice. Elle commence au moment précis où l’on cesse de négocier son droit d’exister pleinement.







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