Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

, ,

Groenland, Le Réveil Européen Face À L’Ombre Américaine

Groenland, Le Réveil Européen Face À L’Ombre Américaine

Quand La Souveraineté N’Est Plus Négociable

L’Europe Face À Ses Responsabilités Géopolitiques

La scène pourrait sembler feutrée, presque courtoise. Elle ne l’est pas. Lorsque des responsables européens rappellent publiquement que le Groenland appartient à son peuple, ce n’est pas un détail diplomatique, c’est un signal politique. Un signal adressé à Washington, et plus précisément à Donald Trump, dont les déclarations répétées sur l’intérêt stratégique du Groenland réveillent un imaginaire impérial que l’on croyait relégué aux livres d’histoire.

Le contexte est désormais connu. Début janvier, à Paris, en marge d’une réunion consacrée au soutien à l’Ukraine, plusieurs dirigeantes et dirigeants européens, aux côtés d’Emmanuel Macron, ont jugé nécessaire de réaffirmer un principe pourtant élémentaire : la souveraineté territoriale ne se marchande pas. Le rappel est intervenu après des propos américains évoquant, une fois encore, le Groenland comme un objet stratégique disponible. Ce territoire autonome, rattaché au Danemark, devient ainsi le symbole d’un rapport de force plus large, où l’Europe hésite encore entre alliance fidèle et émancipation politique.

Ce moment mérite mieux qu’une lecture polie. Il exige une prise de position claire. Car derrière la question du Groenland se dessine une réalité plus profonde : celle d’un impérialisme américain qui ne dit pas toujours son nom, mais qui continue de considérer certains espaces, certaines ressources et parfois certains peuples comme des variables d’ajustement stratégique. Espérer que l’Europe s’en accommode éternellement relève de l’illusion.

L’histoire récente fournit pourtant des leçons. Selon de nombreux travaux en relations internationales, l’Arctique est devenu un espace de compétition majeure, tant pour ses ressources que pour ses routes maritimes. Les États-Unis, la Russie et la Chine y projettent leurs ambitions. La différence, fondamentale, tient à la manière. Lorsque la puissance s’exerce sans considération pour l’autonomie des populations concernées, elle cesse d’être stratégique pour devenir prédatrice.

Le premier argument tient au droit. Le droit international repose sur le principe de l’autodétermination des peuples. Le Groenland n’est pas une terre vierge sur une carte stratégique, mais une société vivante, dotée d’institutions, d’une culture et d’une mémoire. Ignorer cette réalité, c’est fragiliser l’ordre juridique que l’Europe prétend défendre ailleurs, notamment en Ukraine. La cohérence n’est pas un luxe moral ; elle est une nécessité politique.

Le deuxième argument concerne la crédibilité européenne. Comment prétendre à une autonomie stratégique si, au premier froncement de sourcil américain, l’Europe baisse la voix ? Le rappel collectif adressé à Donald Trump marque un frémissement salutaire, mais encore insuffisant. L’Europe ne peut pas se contenter de réactions symboliques. Elle doit assumer une parole ferme, constante et lisible.

Le troisième argument est éthique. La domination, même feutrée, reste une domination. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « la violence peut détruire le pouvoir, elle est absolument incapable de le créer ». La puissance américaine, lorsqu’elle s’exprime sans retenue, fragilise le lien transatlantique au lieu de le renforcer. L’Europe, en l’acceptant sans débat, s’expose à une forme de renoncement silencieux.

Enfin, il y a la question du précédent. Tolérer aujourd’hui une rhétorique impériale sur le Groenland, c’est ouvrir la porte à d’autres remises en cause demain. Les frontières ne sont pas seulement des lignes sur une carte ; elles sont des pactes de confiance entre les peuples.

Ce que révèle cet épisode, c’est une Europe à la croisée des chemins. Soit elle persiste dans une dépendance confortable, mais politiquement coûteuse. Soit elle choisit d’affirmer, calmement mais résolument, que l’alliance n’exclut ni la lucidité ni la fermeté. Mettre un terme à l’impérialisme américain ne signifie pas rompre, mais rééquilibrer. Et ce rééquilibrage commence toujours par une parole claire.

La question demeure : l’Europe saura-t-elle transformer ce rappel de principe en véritable ligne de conduite, ou restera-t-elle prisonnière d’une loyauté qui ne la protège plus ?


En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire