Chronique D’Une Indépendance Très Accompagnée
Quand La Gêne Devient Une Stratégie Politique
Il y a des silences qui en disent long. Celui du Rassemblement national face aux sorties tonitruantes de Donald Trump relève moins de la discrétion diplomatique que de la contorsion idéologique. On observe, amusée, ce moment délicat où l’on fait semblant de ne pas reconnaître un vieil ami devenu soudainement infréquentable, comme si l’on croisait par hasard un ex très compromettant dans une réception mondaine. Sourire crispé, regard fuyant, discours sur la souveraineté sacrée à la bouche, tout en priant pour que personne ne sorte les photos de famille.
Il faut dire que Donald Trump, revenu au pouvoir avec la délicatesse d’un éléphant dans une boutique de porcelaine institutionnelle, complique singulièrement la vie de celleux qui rêvaient encore hier d’un axe international des droites dites décomplexées. Les déclarations sur la condamnation de Marine Le Pen, ponctuées d’un tonitruant « LIBÉREZ MARINE LE PEN », ont eu l’élégance d’un mégaphone brandi dans une salle d’audience. Officiellement, le RN s’en offusque. Officieusement, il prend note. On pourrait presque croire que l’indignation est proportionnelle à l’embarras, ce qui, en politique, constitue déjà une information.
La scène est désormais bien rodée. D’un côté, une posture souverainiste martelée comme un mantra rassurant pour un électorat soucieux de frontières, d’autonomie et de grandeur retrouvée. De l’autre, une fascination persistante pour un président américain qui menace ouvertement l’économie française tout en se rêvant parrain idéologique d’une Europe « déclinante ». (selon sa propre stratégie de sécurité nationale). La contradiction est savoureuse. Elle rappelle ces régimes amaigrissants où l’on promet la discipline tout en gardant un gâteau caché dans le tiroir.
Lorsque Marine Le Pen et Jordan Bardella dénoncent l’intervention américaine au Venezuela au nom de la souveraineté des peuples, le propos est impeccable, presque gaullien. « La souveraineté des États n’est jamais négociable », déclarait Marine Le Pen. Une phrase solide, bien charpentée, attribuée ici à Marine Le Pen, et qui mériterait d’être gravée dans le marbre, si l’on n’avait pas déjà vu ce marbre se fissurer sous le poids de certaines amitiés passées. (les souvenirs russes n’ont pas tout à fait disparu).
Car c’est bien là que le bât blesse. Le RN sait ce que coûte une proximité trop visible avec une puissance étrangère jugée hostile ou envahissante. Les élections passent, la mémoire collective reste. Alors, on prend ses distances, on nuance, on parle d’indépendance tout en reconnaissant que, sur l’immigration, le diagnostic trumpien est « partagé par des millions de Français ». L’acrobatie est remarquable. Elle exige une souplesse idéologique certaine, proche de la gymnastique artistique, discipline où l’on retombe rarement exactement là où l’on avait prévu.
Malgré cet embarras de façade, l’impression persiste. Je vois très bien le duo Le Pen–Bardella recevoir ses consignes chez tonton Trump, avec cette application studieuse qui consiste à prendre des notes tout en affirmant n’obéir à personne. La soumission n’est jamais revendiquée, elle est organisée, feutrée, enveloppée dans un discours martial sur la liberté nationale. Sous le bruit des bottes, on appelle cela l’indépendance. Les citoyennes et citoyens, eux, entendent surtout l’écho.
La chute est presque tendre. Le RN se veut un pont entre l’Est et l’Ouest, mais regarde surtout vers Washington avec une attention soutenue. Peut-être espère-t-il que personne ne remarquera que l’on ne traverse pas un pont en restant à genoux. Ou peut-être parie-t-il sur l’amnésie générale. Après tout, en politique, l’oubli est une stratégie comme une autre. Reste à savoir qui, cette fois, en paiera le prix.
Références principales
- National Security Strategy Of The United States – 2025
- Déclarations De Marine Le Pen Sur La Souveraineté – Janvier 2026
- Analyses De Nicolas Lebourg Sur Les Droites Radicales – 2025
- Débats Parlementaires Français Sur L’Ingérence Étrangère – 2026







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