Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Couper Les Ponts Pour Se Retrouver

Couper Les Ponts Pour Se Retrouver

Quand La Famille N’Est Plus Un Refuge

Entre Protection Intérieure Et Fidélité À Ses Valeurs

Couper les ponts avec sa famille, c’est comme refermer une porte qui aurait toujours dû rester ouverte. Ce geste bouleverse l’imaginaire collectif, tant la famille reste associée à la sécurité, à l’amour inconditionnel, à la permanence. Pourtant, il arrive que cette porte ne protège plus, qu’elle enferme, qu’elle blesse. J’écris cet article parce que j’ai coupé les ponts avec en premier ma famille adoptive qui ne m’a jamais acceptée et dans laquelle je ne me suis jamais intégrée et en second avec ma famille biologique, bien trop loin de mes valeurs. Cette décision ne relève ni d’un caprice ni d’une fuite. Elle est le résultat d’un long dialogue intérieur, souvent silencieux, parfois douloureux, toujours nécessaire.

On croit souvent que l’éloignement familial est une anomalie. En réalité, il est l’expression d’un mécanisme de survie psychique. Lorsque l’environnement relationnel devient hostile, incohérent ou insécurisant, l’esprit cherche à préserver son intégrité. La psychologie contemporaine parle alors de protection émotionnelle, une réponse adaptative à des relations perçues comme toxiques. Ce n’est pas l’absence de lien qui détruit, mais la persistance d’un lien qui nie l’identité.

Les recherches en psychologie familiale montrent que la rupture ne naît pas toujours d’un événement spectaculaire. Elle est souvent le fruit d’une accumulation de micro-blessures, de paroles banalisées, de silences prolongés, d’invalidations répétées. Karl Pillemer a décrit cette dynamique comme une érosion lente du lien, comparable à une roche rongée par l’eau. Lucy Blake, spécialiste de l’éloignement familial, rappelle une vérité fondamentale : « Je ne pense pas que quiconque doive rester dans une relation où il ne se sent pas en sécurité » – Lucy Blake. Cette phrase, simple en apparence, contient toute la radicalité d’un droit à l’autoprotection.

Couper les ponts, c’est accepter une perte. Perte d’une histoire partagée, perte d’un idéal, parfois perte d’une appartenance sociale. Mais c’est aussi, paradoxalement, un acte de fidélité à soi. La loyauté familiale ne peut être confondue avec l’effacement personnel. Lorsque les valeurs fondamentales divergent profondément, lorsque l’identité n’est plus reconnue, la relation cesse d’être un lieu de croissance pour devenir un espace de contraction.

(Il ne s’agit pas d’un rejet de la famille en tant que concept, mais d’un refus d’une dynamique relationnelle précise.)

Socialement, ce choix est encore mal compris. L’individualisme est souvent accusé d’en être la cause, comme si vouloir vivre en accord avec ses valeurs relevait d’un excès d’égoïsme. Pourtant, s’individualiser ne signifie pas rompre avec le lien, mais refuser qu’il soit fondé sur la domination, la peur ou la négation de soi. La famille, comme toute structure humaine, est appelée à évoluer. Les relations choisies, construites sur la réciprocité et le respect, deviennent alors des familles symboliques, tout aussi légitimes.

Psychologiquement, l’éloignement familial provoque un paradoxe : un soulagement mêlé à une tristesse persistante. La paix intérieure se construit, mais elle cohabite avec le deuil de ce qui aurait pu être. Cette ambivalence est saine. Elle témoigne de la complexité du lien humain.

(On peut aimer ce que l’on quitte, et quitter ce que l’on aime.)

Mon opinion est claire : couper les ponts n’est pas un acte de destruction, mais de reconstruction. C’est affirmer que la dignité personnelle prime sur les injonctions sociales. C’est reconnaître que l’amour ne se mesure pas à la durée d’un lien, mais à la qualité de la sécurité qu’il offre. C’est aussi rappeler que la famille ne se définit pas uniquement par le sang ou l’histoire, mais par la capacité à accueillir l’être dans toute sa singularité.

Alors, peut-être faut-il déplacer la question. Non pas se demander si l’on a le droit de partir, mais si l’on a encore la possibilité de rester sans se trahir. Et si la véritable maturité affective consistait à choisir des liens qui élèvent plutôt que des liens qui enferment ? Cette réflexion n’appelle pas de réponse unique. Elle invite à une conscience plus fine de ce que signifie aimer, appartenir et se respecter.


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