Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Pourquoi Les Plus Pauvres Demandent La Retraite À 60 Ans ?

Pourquoi Les Plus Pauvres Demandent La Retraite À 60 Ans ?

Quand L’Espérance De Vie Devient Une Question De Justice Sociale

L’Éthique Politique Face Au Temps De Vie Inégalement Partagé

Dans un moment où nos sociétés débattent de l’essence même du bien commun, il est indispensable de questionner non seulement ce que nous voulons, mais comment et pourquoi nous le voulons. Dès lors que l’on observe les écarts massifs d’espérance de vie entre les personnes les plus aisées et celles vivant dans la précarité, une évidence s’impose : la retraite n’est pas qu’un enjeu budgétaire, elle est une question de justice vitale. Comprendre la revendication d’un départ à 60 ans pour les plus pauvres, ce n’est pas céder à l’émotion, c’est regarder en face une réalité éthique.

Lorsque treize années séparent l’espérance de vie des groupes sociaux les plus riches et les plus pauvres, parler d’égalité formelle devient une abstraction. Cette inégalité n’est pas un accident statistique, elle est la conséquence directe de conditions de vie profondément asymétriques. Logement insalubre, précarité énergétique, exposition accrue aux risques professionnels, accès différencié aux soins, alimentation dégradée, stress chronique : tout concourt à user plus tôt les corps des plus fragilisé·e·s.

(L’inégalité de durée de vie devient ainsi une inégalité de dignité).

La retraite, dans ce contexte, ne représente pas un privilège, mais une réparation minimale. Demander à travailler plus longtemps quand on vit statistiquement moins longtemps relève d’une injustice structurelle. La neutralité apparente de l’âge légal masque une inégalité réelle face au temps disponible pour vivre hors du travail. Cette tension révèle que l’éthique politique ne peut se limiter à l’égalité des règles, elle doit viser l’égalité des conditions concrètes d’existence.

Cette réflexion rejoint l’idée formulée par Michael Marmot : « Les inégalités sociales de santé sont des injustices socialement produites, évitables et inacceptables ». Michael Marmot. Cette phrase engage une responsabilité collective. Si ces écarts sont produits par nos choix économiques et politiques, alors ils peuvent être corrigés par d’autres choix. Ne pas agir revient à accepter que la longévité soit distribuée selon le niveau de revenu.

Certains objecteront que reculer l’âge de la retraite serait nécessaire pour préserver l’équilibre financier du système. Cette préoccupation est légitime. Mais une société démocratique ne peut pas fonder son équilibre sur l’acceptation tacite d’une mort plus précoce des plus pauvres. La morale politique commence là où l’intérêt général ne sacrifie pas les plus vulnérables au nom de la gestion comptable.

(Il ne s’agit pas d’opposer justice sociale et responsabilité budgétaire, mais de refuser que la seconde efface la première).

Il serait pourtant simpliste de réduire la question à une opposition entre riches et pauvres. La santé elle-même entretient un lien circulaire avec la situation sociale : la pauvreté rend malade, la maladie appauvrit. Ce cercle vicieux impose une réponse structurelle. La retraite anticipée pour les carrières pénibles, l’investissement massif dans la prévention, l’accès réel aux soins, la sécurité alimentaire et le logement digne doivent être pensés comme un tout cohérent.

L’éthique politique ne se limite pas à ce qui est légal ; elle interroge ce qui est juste, soutenable et désirable pour toutes et tous. Dès lors que l’on considère la longévité comme un bien commun, il devient évident que la retraite ne peut être pensée indépendamment des conditions de vie qui la précèdent. La véritable question n’est donc pas « peut-on partir à la retraite à 60 ans ? », mais « quelle société acceptons-nous d’être si certain·e·s meurent avant d’en profiter ? »

Comprendre cette revendication, ce n’est pas réclamer un privilège catégoriel, c’est affirmer que la valeur d’une vie humaine ne se mesure ni à sa productivité ni à son coût. C’est rappeler que la cohésion républicaine repose sur une promesse simple : aucune existence ne doit être écourtée par l’injustice sociale.

Si je comprend bien, ce sont les riches qui plombent la caisse des retraites, et ce sont les pauvres qui payent!

Références principales :

  1. Inégalités sociales de santé : constats et déterminants, 2022
  2. Manger sain et à sa faim : une question de revenus, 2022
  3. Renoncements aux soins pour raisons financières en France, 2022
  4. Relations causales entre santé et travail : le regard des économistes, 2019

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