Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Quand L’Amour De Nos Ami·e·s Nous Met À L’Épreuve

Quand L’Amour De Nos Ami·e·s Nous Met À L’Épreuve

Entre Loyauté Affectueuse Et Lucidité Intérieure

Dire Sans Briser, Aimer Sans Dominer

Il y a des silences qui protègent, et d’autres qui abîment. Entre les deux, il y a cette zone fragile où l’amitié devient un exercice d’équilibriste. J’ai déjà perdu une amie parce que je l’ai avertie que son compagnon la trompait. Elle est revenue plus tard, quand elle a compris que c’était vrai, mais ce n’était plus jamais vraiment pareil. Cette expérience m’habite encore comme une cicatrice discrète. Aujourd’hui, une autre amie est en couple avec un homme que je qualifierais volontiers de « monsieur sait-tout », tant son assurance écrasante m’irrite. Et une question s’impose, insistante, presque douloureuse : comment dire sans blesser, comment voir sans perdre, comment aimer sans contrôler ?

Nous aimons croire que l’amitié est un refuge sûr, un espace où la vérité peut se dire sans conséquences. Pourtant, la réalité est plus complexe. Parler du couple de l’autre, c’est toucher à son intimité la plus profonde, à sa dignité affective, à son droit fondamental de choisir. Lorsqu’une inquiétude naît, elle se situe toujours à la frontière entre la protection sincère et l’ingérence involontaire. La psychologie sociale montre que toute remarque sur le ou la partenaire active un mécanisme de défense appelé réactance : plus une personne se sent menacée dans sa liberté, plus elle s’accroche à son choix, même s’il est fragile.

C’est là que nos propres émotions entrent en scène. L’antipathie n’est jamais neutre. Elle est souvent nourrie par des projections : la peur de perdre une place, la jalousie inconsciente, l’idée que l’on sait mieux que l’autre ce qui lui convient. Nous confondons parfois vigilance et supériorité morale. Pourtant, l’autonomie est une valeur centrale de toute relation saine. Respecter quelqu’un, c’est accepter qu’il ou elle puisse se tromper, apprendre, ajuster, grandir par ses propres expériences.

Mais il existe une ligne que l’on ne peut pas ignorer. Quand apparaissent le contrôle, l’isolement, la dévalorisation ou la violence psychologique, le silence devient une forme de renoncement. Comme le rappelle la thérapeute Lisa Brateman : « La clé est de dire à votre ami·e que vous serez toujours là pour l’aider, quelle que soit sa décision, mais que vous vous inquiétez pour sa sécurité ». Cette phrase résume une éthique relationnelle précieuse : soutenir sans imposer, alerter sans enfermer, rester sans diriger.

Dans les situations moins alarmantes, celles où l’irritation domine plus que l’inquiétude, une autre voie s’ouvre. Elle passe par la question plutôt que par l’affirmation. Par « Comment te sens-tu dans cette relation ? », plutôt que par « Tu te trompes. » Elle exige de transformer la parole en espace de réflexion, non en tribunal. C’est une posture exigeante, car elle demande de renoncer à la satisfaction immédiate d’avoir raison pour préserver la profondeur du lien.

La psychologie humaniste nous rappelle que toute personne a besoin d’être vue comme compétente dans ses choix. Remettre brutalement en cause la relation d’une amie, c’est parfois attaquer son identité même. L’amitié n’est pas un lieu de correction, mais un lieu de présence. Elle ne consiste pas à guider l’autre, mais à marcher à côté, même lorsque le chemin ne nous plaît pas.

Mon opinion est claire : il vaut mieux risquer l’inconfort de la nuance que la violence de la certitude. La sincérité n’est éthique que lorsqu’elle respecte la liberté de celle ou celui à qui elle s’adresse. Sinon, elle devient une forme douce de domination. Dire la vérité ne suffit pas ; il faut encore savoir comment, quand, et pour quoi faire.

Peut-être que l’enjeu ultime de ces situations n’est pas de protéger nos ami·e·s, mais d’apprendre à les aimer sans les posséder. À accepter que l’amitié, comme l’amour, est une traversée incertaine, faite de confiance, de retenue et de courage discret. Et si, finalement, la vraie question n’était pas : « Dois-je parler ou me taire ? », mais plutôt : « Suis-je en train de parler pour aider, ou pour me rassurer moi-même ? »

(ce doute intérieur est souvent le point de départ d’une parole plus juste)


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