Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

, , , ,

La Laïcité À L’hôpital Comme Ligne De Crête Républicaine

La Laïcité À L’hôpital Comme Ligne De Crête Républicaine

Neutralité Et Confiance Dans Le Service Public

Quand Le Droit Ne Doit Pas Trembler

Laïcité à la française, républicaine et profondément attachée à l’égalité, je reste convaincue d’une chose simple : lorsque le service public vacille sur ses principes, ce sont toujours les plus vulnérables qui paient le prix de l’ambiguïté. L’hôpital, lieu de soin et de confiance, ne peut se permettre aucun clair-obscur. La neutralité n’y est pas une option morale, mais une exigence civique. Elle est la condition concrète de l’égalité d’accès aux soins, sans distinction de croyance, d’origine ou de conviction intime.

Le soignant n’est jamais seulement une personne : il ou elle incarne une institution. Son apparence, ses gestes, ses silences mêmes, parlent. L’apparence professionnelle est un langage discret mais puissant, qui rassure ou inquiète, qui ouvre ou qui ferme. Lorsque surgit une ambiguïté vestimentaire, surtout si elle est répétée et assumée en dehors de toute nécessité fonctionnelle, ce langage se brouille. Ce n’est pas une question d’intention supposée, encore moins de procès d’âme ; c’est une question de perception légitime par l’usager.

Un calot est un outil, pas un symbole. Il a un lieu, une fonction, une durée d’usage. Lorsqu’il devient permanent, détaché de son contexte technique, il cesse d’être neutre. Il devient une énigme sociale, et parfois une déclaration silencieuse. La jurisprudence administrative parle alors de « signe religieux par destination ». Cette notion n’accuse pas la foi, elle décrit une transformation de sens : un objet neutre peut devenir signifiant par l’insistance même de son port.

Le juge administratif, dans sa prudence, rappelle la proportionnalité des sanctions. Reconnaître une faute ne signifie pas légitimer une révocation immédiate. Cette nuance est saine. Elle protège contre l’arbitraire autant qu’elle préserve l’exigence de neutralité. Mais elle ne doit pas être instrumentalisée pour fragiliser le principe. Car ce principe n’est pas négociable : le service public n’est pas un espace d’expression spirituelle, même indirecte, même implicite.

On oppose souvent la liberté individuelle à la rigueur républicaine. C’est une fausse alternative. La liberté personnelle ne disparaît pas dans la fonction publique ; elle s’y transforme en responsabilité. La vie privée est préservée, mais elle s’efface temporairement devant l’intérêt général. Cette retenue n’est pas une soumission, c’est un engagement.

Je reste agnostique : l’incertitude métaphysique m’apparaît plus honnête que la certitude révélée. Mais je suis clairement antithéiste au sens politique : je refuse que des systèmes religieux organisés dictent, même indirectement, les règles communes. L’histoire montre que les dogmes n’ont jamais protégé l’égalité. Ils la conditionnent, la hiérarchisent, l’assignent. La République, elle, libère de toute assignation spirituelle.

C’est pourquoi cette phrase d’Henri Peña-Ruiz demeure essentielle : « La laïcité n’est pas l’ennemie des religions, elle est la condition de leur coexistence pacifique ». – Henri Peña-Ruiz. Elle ne combat pas la foi intime, elle empêche son pouvoir institutionnel.

Le regard de l’usager est ici décisif. Une personne hospitalisée est en situation de vulnérabilité. Elle doit pouvoir parler de son corps, de sa souffrance, de son intimité, sans redouter un jugement implicite. La moindre impression de partialité peut suffire à rompre la confiance. Et sans confiance, il n’y a plus de soin juste, seulement une prestation technique.

Les accusations rapides d’« islamophobie » ou de discrimination, lorsqu’elles surgissent dans ces débats, m’inquiètent moins pour leur excès que pour leur efficacité politique. Elles transforment un principe collectif en conflit identitaire. Elles déplacent le centre de gravité du droit vers l’émotion, et fragilisent ce qui devrait rester inébranlable.

Notre République ne tient pas par la ferveur, mais par la clarté. Elle ne tient pas par la foi, mais par la règle commune. Si le droit tremble face aux revendications religieuses, il cesse d’être un droit pour devenir une négociation permanente. Et alors, l’égalité se dissout.

Défendre la laïcité à l’hôpital, ce n’est pas durcir la société : c’est la protéger. C’est rappeler que l’espace public n’appartient à aucune transcendance. Il appartient à toutes les consciences, précisément parce qu’il ne s’en réclame d’aucune.


En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire