Choisir Sa Sexualité À L’Ère Des Images Violentes
Retrouver Le Pouvoir De Dire Non Et De Se Définir
Il y a des souvenirs qui ne s’effacent pas, non parce qu’ils sont spectaculaires, mais parce qu’ils ont laissé une empreinte confuse, presque silencieuse. Je me souviens de cette période de ma vie comme d’une période trouble, ce qui me perturbait le plus était la violence du sexe pornographique, je pense que cela pourrait perturber aussi les adolescentes actuellement. Cette phrase, je pourrais la confier à n’importe quelle personne attentive : elle résume une expérience intime, mais aussi un phénomène collectif. À l’adolescence, le corps change, les désirs émergent, l’identité se cherche. Et dans ce moment de fragilité, des images s’imposent parfois avec une brutalité qui dépasse la capacité de compréhension émotionnelle.
La pornographie contemporaine n’est plus marginale. Elle est accessible, instantanée, et souvent dépourvue de contextualisation affective. Ce qui se présente comme une « éducation sexuelle » par défaut devient en réalité une éducation de la domination, de la performance et de la dissociation émotionnelle. Pour une adolescente, en construction de son rapport au corps et à l’intimité, ces images peuvent agir comme un miroir déformant. Elles enseignent que le désir est une obligation, que la douleur est normale, que la violence peut être érotisée. Et surtout, elles transmettent l’idée que la valeur passe par la capacité à se conformer à un scénario déjà écrit.
Sur le plan psychologique, l’adolescence est une période de grande perméabilité. Le cerveau émotionnel est en pleine maturation, tandis que les capacités de recul critique sont encore fragiles. Lorsque la sexualité est rencontrée sous une forme violente, elle peut être associée à la peur, à la confusion ou à la honte plutôt qu’au plaisir et au consentement. Ce mécanisme favorise l’anxiété, l’auto-surveillance du corps, et parfois un sentiment de dépossession de soi. L’estime personnelle se construit alors sur une base instable, nourrie par la comparaison et la performance plutôt que par l’écoute intérieure.
C’est là qu’intervient une phrase qui, pour moi, a été une bascule intérieure : « C’est ma psychologue qui m’a fait comprendre que je pouvais choisir ma sexualité ». Choisir, ce verbe simple, est pourtant révolutionnaire. Il signifie que la sexualité n’est pas un devoir, ni une conformité aux images, ni une reproduction des scénarios dominants. Elle est un espace de liberté, de lenteur, de consentement et de subjectivité. Beaucoup d’adolescentes ignorent encore cette possibilité, non par manque de lucidité, mais par manque d’informations claires, respectueuses et incarnées.
Le déficit d’éducation affective et relationnelle laisse un vide que la pornographie remplit brutalement. Actuellement, c’est le manque d’informations sur le sujet qui semble en être la cause. On parle peu du droit au refus, du droit au rythme personnel, du droit à l’exploration sans violence. Or, comme l’écrivait Simone de Beauvoir, « On ne naît pas femme : on le devient », rappelant que l’identité se construit dans un contexte social qui imprime ses normes. Lorsque ces normes sont sexualisées de manière agressive, elles façonnent une féminité sous contrainte.
Mon opinion est claire : il ne s’agit pas de condamner les adolescentes pour ce qu’elles regardent, mais d’interroger ce que la société leur propose comme seule narration possible de la sexualité. Choisir sa sexualité suppose un accès à une pluralité de modèles, où le respect, la douceur et la réciprocité ont autant de valeur que le désir. C’est une responsabilité collective : celle de protéger l’espace psychique de celles qui grandissent, pour qu’elles puissent habiter leur corps sans peur.
Peut-être que la vraie question n’est pas de savoir ce que les adolescentes voient, mais ce qu’on leur permet de comprendre. Et si apprendre à choisir, c’était avant tout apprendre à se respecter ?







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