Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Mercosur Et Alimentation Européenne : Enjeux Sanitaires, Agricoles Et Politiques

Entre Sécurité Alimentaire Et Ouverture Commerciale

Quand Le Commerce Interroge La Confiance Des Consommatrices Et Consommateurs

La conclusion annoncée de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur marque une étape majeure de la politique commerciale européenne. Négocié depuis plus de vingt ans, ce traité vise à créer l’une des plus vastes zones d’échanges au monde. Cependant, au-delà de ses bénéfices économiques attendus, il suscite des interrogations persistantes sur la qualité de l’alimentation, la protection de la santé publique et l’avenir de l’agriculture européenne.

Pour de nombreuses personnes, la question est simple et concrète : si l’on refuse dans son quotidien une viande produite avec des hormones de croissance ou une utilisation massive d’antibiotiques, comment accepter que ces produits entrent sur le marché européen ? Cette interrogation, largement partagée, ne relève pas d’un rejet du commerce international, mais d’une demande de cohérence entre les normes appliquées en Europe et celles tolérées à l’importation.

L’accord concerne les 27 États membres de l’Union européenne ainsi que le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Ensemble, ils représentent un marché de plus de 700 millions de personnes. Selon la Commission européenne, il permettrait une réduction annuelle d’environ quatre milliards d’euros de droits de douane pour les entreprises européennes, notamment dans les secteurs de l’automobile, de la chimie et de la pharmacie. En revanche, l’agriculture figure parmi les secteurs les plus exposés. Des quotas d’importation sont prévus, notamment pour la viande bovine, la volaille et le sucre, afin de limiter l’impact sur les marchés européens.

Cependant, la question de la souveraineté alimentaire reste centrale. Mettre en concurrence des filières européennes soumises à des normes sanitaires, environnementales et sociales strictes avec des productions aux coûts structurellement plus faibles modifie l’équilibre économique des exploitations locales. Selon les institutions européennes elles-mêmes, certaines filières pourraient connaître une fragilisation durable, en particulier l’élevage bovin. La promesse de compensations financières, par des aides publiques, soulève un débat sur la pertinence d’un modèle où l’on soutient des secteurs que l’on contribue simultanément à déstabiliser.

Les préoccupations sanitaires sont également au cœur du débat. Dans plusieurs pays du Mercosur, certaines substances phytosanitaires encore autorisées ne le sont plus dans l’Union européenne pour des raisons de santé humaine ou environnementale. De même, l’usage d’antibiotiques comme facteurs de croissance dans l’élevage, interdit en Europe depuis 2006, demeure pratiqué dans certaines régions. Cette divergence de modèles agricoles interroge la capacité réelle des contrôles aux frontières à garantir une équivalence de standards.

Sur le plan climatique, les enjeux sont tout aussi sensibles. La production de viande bovine figure parmi les activités agricoles les plus émettrices de gaz à effet de serre. À cela s’ajoute la question de la déforestation importée, liée notamment à l’extension des cultures de soja destinées à l’alimentation animale. L’Union européenne s’est dotée d’un cadre réglementaire pour limiter l’entrée sur son marché de produits issus de terres récemment déboisées.

(dispositif dont l’application opérationnelle a été reportée).

Le décalage entre l’ambition climatique affichée et la dynamique commerciale projetée alimente un sentiment d’incohérence.

Les positions des acteurs politiques et sociaux sont contrastées. La Commission européenne défend un accord équilibré, assorti de garanties sanitaires et environnementales, et insiste sur son importance géostratégique dans un contexte de concurrence commerciale mondiale. Plusieurs gouvernements européens soutiennent cette approche. En revanche, des organisations agricoles, des ONG environnementales et certains partis politiques alertent sur les risques pour la santé publique, l’emploi agricole et la crédibilité des engagements climatiques européens.

Comme l’écrivait Pierre Rabhi, « La sobriété heureuse consiste à revenir à l’essentiel, pour que chacun puisse vivre dignement ». Cette citation rappelle que les choix économiques ne sont jamais dissociés des valeurs qui structurent une société. Sans porter de jugement politique, elle éclaire la tension entre recherche de compétitivité et exigence de protection du vivant.

En définitive, le Mercosur cristallise une interrogation fondamentale sur la cohérence des politiques publiques européennes. Il met en balance ouverture commerciale, sécurité alimentaire, justice sociale et transition écologique. Il reste à voir si les mécanismes de contrôle et de compensation suffiront à préserver la confiance des citoyennes et citoyens, ainsi que la viabilité des agricultures locales, dans un contexte où l’alimentation est de plus en plus perçue comme un enjeu stratégique autant que sanitaire.


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