Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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L’Éloge Du Plurilinguisme Comme Héritage Vivant

L’Éloge Du Plurilinguisme Comme Héritage Vivant

Quand Les Langues Se Répondent Et Nous Grandissent

La Beauté Discrète D’Une Diversité Qui Éclaire

Il est des richesses qui ne font pas de bruit, qui ne s’annoncent pas avec fracas, mais qui façonnent une existence comme une lumière constante. Le plurilinguisme est de celles-là. Il ne s’impose pas, il s’infuse. Il ne revendique pas, il irrigue. Il ne divise pas, il élargit. Dans une époque souvent tentée par la simplification et la fermeture, célébrer la pluralité des langues revient à célébrer une humanité capable de nuances, de lenteur et de dialogue intérieur.

J’ai grandi dans un tissage linguistique naturel (une famille adoptive où mon père parlait français et corse, ma mère d’origine italienne parlait italien et français, dans la région bonifacienne où le patois local était courant). Ce bain de langues n’a jamais été un désordre, mais un ordre plus vaste. Jamais une confusion, toujours une curiosité. Quand un mot m’échappait, je demandais. Quand une sonorité me surprenait, je l’accueillais. Les langues n’étaient pas des frontières, mais des passerelles. Plus tard, l’anglais est venu sans heurt, comme une pièce supplémentaire dans une maison déjà ouverte au vent du monde.

Ce que l’on nomme diversité linguistique est souvent traité comme une anomalie scolaire, alors qu’elle est une splendeur humaine. L’école, longtemps, a préféré le silence des langues familiales à leur présence visible, confondant l’unité avec l’uniformité. Pourtant, chaque langue porte une manière d’habiter le temps, de regarder la nature, de dire l’amour, la colère, la pudeur ou la fête. Effacer une langue, même symboliquement, c’est amputer une part de la respiration intérieure d’un être.

Les sciences de l’éducation et les travaux en linguistique l’ont pourtant montré avec constance : les personnes plurilingues développent une souplesse mentale accrue, une attention affinée, une conscience plus aiguë du fonctionnement du langage. Les langues se soutiennent entre elles, se réfléchissent, se renforcent mutuellement. Le français n’y perd rien ; il y gagne une profondeur, une clarté, une capacité de dialogue.

Comme l’écrivait Jean-Claude Beacco, « Le plurilinguisme n’est pas une addition de compétences linguistiques, mais une compétence globale à gérer la communication dans la diversité ». Cette phrase n’est pas une définition, c’est une boussole morale. Elle dit que la pluralité n’est pas un empilement, mais une harmonie. Elle rappelle que comprendre l’autre commence par accepter que plusieurs vérités sonores puissent cohabiter sans se nier.

J’admire les espaces éducatifs qui osent mettre les langues en circulation : un mot de corse expliqué à la classe, une comptine en breton offerte comme un cadeau, une comparaison entre structures grammaticales pour éclairer le français. Alors, la langue commune cesse d’être une autorité verticale pour devenir un lieu de partage horizontal. La hiérarchie se dissout, la coopération apparaît. La dignité linguistique circule.

Blâmer l’invisibilisation des langues, ce n’est pas accuser, c’est appeler à plus de justesse. Une école qui se veut équitable ne peut se contenter d’ignorer ce qui constitue l’identité intime de tant d’élèves. La neutralité linguistique, présentée comme protection, devient parfois une forme d’effacement. Reconnaître les langues, ce n’est pas fragmenter la République ; c’est l’honorer dans sa promesse d’égalité réelle.

Dans la diversité linguistique, je vois une écologie humaine. Comme la biodiversité protège les équilibres naturels, la pluralité des langues protège l’équilibre des sociétés. Elle apprend la patience, l’écoute, la comparaison sans hiérarchie, l’étonnement sans peur. Elle enseigne que l’unité véritable n’est pas la réduction, mais la composition.

Ainsi, je célèbre le plurilinguisme comme une élégance intérieure. Une élégance faite de curiosité, de respect, de souplesse et de profondeur. Une élégance qui ne cherche pas à briller, mais à relier. Une élégance qui transforme chaque langue en promesse de rencontre.

Car en vérité, une société qui accueille plusieurs langues apprend à accueillir plusieurs façons d’être au monde. Et c’est peut-être là sa plus haute forme de civilisation.


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