Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

La Démocratie Française à l’Épreuve : Repenser un Système Essoufflé

Crise de Confiance : Pourquoi les Institutions Démocratiques Françaises Vacillent

Réformes Nécessaires : Vers une Nouvelle Vision de la Participation Citoyenne

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale de juin 2024, un malaise profond traverse notre vie publique. Ce moment, présenté comme un acte de responsabilité politique, a agi comme un révélateur brutal. Il a rendu visible ce que beaucoup ressentaient déjà confusément : une démocratie qui fonctionne de moins en moins comme une démocratie. Nous continuons de voter, de débattre, de manifester, mais la confiance, elle, s’effrite. Pour nombre de citoyennes et de citoyens, dont je suis, cette séquence a marqué une rupture. La démocratie française est en berne, et les institutions qui devraient l’incarner n’inspirent plus la crédibilité nécessaire pour rassembler.

Le problème n’est pas l’idéal démocratique. Les enquêtes d’opinion le montrent avec constance : l’attachement à la démocratie demeure massif. Ce qui est en cause, c’est son exercice concret. Nous vivons dans un système où les principes sont célébrés, mais où les pratiques donnent le sentiment d’une confiscation du pouvoir. La centralisation extrême, l’affaiblissement du Parlement, l’usage répété de procédures d’exception et la multiplication de dispositifs participatifs sans portée réelle ont installé une impression durable de simulacre démocratique.

Ma thèse est simple : le système actuel a fait son temps. Il ne produit plus la confiance, la légitimité ni la vitalité démocratique dont notre société a besoin. Il doit être transformé en profondeur. Non pour rompre avec la démocratie, mais pour la sauver de son épuisement institutionnel.

Premier argument : la fatigue démocratique ne vient pas de la société, mais du sommet de l’État. Les citoyennes et citoyens n’ont jamais cessé de vouloir participer. Ce sont les canaux de participation qui se sont refermés. Les conventions citoyennes dont les propositions restent lettre morte, les consultations sans effet décisionnel, l’usage répétitif d’outils constitutionnels contraignants donnent l’image d’un pouvoir qui écoute sans entendre. Cette dissymétrie entre parole donnée et parole tenue nourrit une défiance rationnelle, presque protectrice.

Deuxième argument : la protestation est devenue le dernier langage politique crédible pour une partie croissante de la population. Or, ce langage est de plus en plus disqualifié. La gestion des mouvements sociaux récents a installé l’idée que manifester expose à une suspicion permanente. Pourtant, la contestation est l’un des poumons historiques de la démocratie française. Quand elle est réprimée ou criminalisée, c’est l’équilibre même des pouvoirs qui se fragilise.

Troisième argument : la crise démocratique est indissociable de la crise sociale. La précarité économique, l’éloignement des services publics, la difficulté d’accès à la justice ou à l’école sont autant d’expériences concrètes où la démocratie se vit ou se dément. Sans un minimum de sécurité sociale et de reconnaissance institutionnelle, l’égalité politique reste théorique. Comme le rappelait Jean Jaurès dans une formule toujours actuelle : « La démocratie politique ne peut vivre sans la démocratie sociale ». Jean Jaurès.

Quatrième argument : les aspirations démocratiques ne disparaissent pas, elles se déplacent. Référendums, assemblées citoyennes dotées de pouvoirs réels, tirage au sort, budgets participatifs décisionnels rencontrent un écho croissant. Même dans des électorats réputés hostiles à la démocratie, on observe un désir fort de participation directe. Ce paradoxe révèle une chose essentielle : ce que beaucoup rejettent, ce n’est pas la démocratie, c’est l’intermédiation politique devenue opaque et impuissante.

On objectera que ces dispositifs risquent l’instabilité, la lenteur ou l’irrationalité. Mais l’expérience internationale montre qu’ils peuvent produire des décisions solides, dès lors qu’ils sont encadrés, pluralistes et transparents. Le véritable danger n’est pas l’excès de participation. Le danger, aujourd’hui, est l’assèchement de la légitimité.

Nous sommes à un carrefour. Soit nous poursuivons la centralisation technocratique, au risque d’une démocratie vidée de sa substance. Soit nous acceptons l’idée que réformer la démocratie, ce n’est pas l’affaiblir, c’est lui rendre sa promesse fondatrice : le pouvoir réel des citoyennes et des citoyens. Changer de système n’est pas une rupture dangereuse. C’est peut-être, au contraire, un acte de fidélité à l’exigence démocratique.

La question n’est plus de savoir si nous devons transformer nos institutions, mais si nous aurons le courage politique de le faire avant que la défiance ne devienne irréversible.


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