Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Mettre Le Consentement Au Cœur Du Mariage

Mettre Le Consentement Au Cœur Du Mariage

Quand Le Corps N’Est Pas Un Dû

Pour Une Intimité Libre Et Respectueuse

Quand j’entends ce mot, « Le devoir conjugal », je ne peux que m’insurger. Il porte en lui une idée qui me heurte profondément : celle d’une obligation inscrite dans l’intime, comme si l’union légale ouvrait un droit de passage sur le corps de l’autre. Comme s’il existait une sorte de droit de cuissage moderne, discret, institutionnalisé, mais tout aussi violent dans sa logique. Cette conception a façonné ma manière d’envisager la relation amoureuse, jusqu’à faire du célibat un espace de cohérence personnelle. Non pas par rejet de l’amour, mais par refus d’une idée qui transforme le désir en devoir. Nous ne sommes pas des choses.

La sexualité n’est jamais une simple mécanique. Elle est un langage sensible, fait de nuances, de rythmes, d’émotions, de fragilités aussi. Réduire l’intimité à une obligation conjugale revient à effacer tout ce qui fait sa beauté : la liberté, l’élan, la réciprocité. Le consentement n’est pas une formalité, ni un acquis figé dans le temps. Il est vivant, mouvant, toujours à réaffirmer. Dire oui un jour ne signifie pas dire oui pour toujours. Dire oui à une personne ne signifie pas dire oui à chaque instant.

Pendant longtemps, le droit français a entretenu un flou autour de cette question, en assimilant la « communauté de vie » à une « communauté de lit ». Cette confusion a permis de transformer l’absence de relations sexuelles en faute conjugale, donc en sanction juridique. Une mécanique froide, qui oubliait la réalité humaine : la fatigue, la maladie, les blessures émotionnelles, les transformations du désir. Autant de dimensions pourtant largement documentées par la psychologie, la sexologie et les sciences sociales.

La condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’Homme a marqué une rupture essentielle. La Cour a rappelé une évidence que l’on aurait cru indiscutable : « La Cour ne saurait admettre que le consentement au mariage emporte un consentement aux relations sexuelles futures » (Cour européenne des droits de l’Homme). Cette phrase, à elle seule, redonne au mot consentement toute sa puissance. Elle dit que l’engagement affectif ne peut jamais devenir une autorisation permanente. Elle protège l’intime contre l’appropriation.

La proposition de loi visant à inscrire explicitement le consentement dans le Code civil va dans ce sens. Elle ne fragilise pas le mariage, elle le renforce. Elle affirme que l’union ne repose pas sur la contrainte mais sur la reconnaissance mutuelle. Elle rappelle que le désir ne se décrète pas, qu’il ne s’exige pas, qu’il se rencontre. Les travaux de chercheuses comme Cynthia Fleury sur la dignité, ou d’Esther Perel sur la dynamique du désir dans la durée, montrent combien la sécurité émotionnelle et la liberté sont des conditions essentielles à une sexualité vivante et respectueuse.

Penser l’intimité autrement, c’est sortir d’une logique de dette corporelle. Personne ne « doit » son corps, même par amour, même par contrat. Ce que l’on offre n’a de valeur que parce qu’il est librement donné. Cette perspective invite à redéfinir la relation conjugale comme un espace de dialogue, d’écoute et d’ajustement constant. Un lieu où la parole compte autant que le geste, où le silence peut être respecté, où le refus n’est pas une rupture mais une information précieuse sur l’état du lien.

Cela pose aussi une question plus large : comment éduquons-nous au consentement ? Souvent réduit à la prévention des violences, il est en réalité une compétence relationnelle fondamentale. Savoir écouter un non, savoir exprimer un doute, savoir accueillir un changement, sont des formes de maturité affective. Elles concernent toutes les personnes, quels que soient leur genre, leur orientation ou leur parcours.

Quand je dis que le consentement doit être la règle principale, ce n’est pas une position radicale. C’est une position profondément humaine. Elle dit que l’amour ne justifie jamais la contrainte. Elle dit que le respect du corps est indissociable du respect de la personne. Elle dit que la sexualité, pour être source de joie et de lien, doit rester un espace de liberté partagée.

Et peut-être que la vraie question à se poser n’est pas : que dois-je à l’autre ? Mais plutôt : qu’est-ce que j’ai envie de lui offrir, aujourd’hui, en toute conscience ?


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