Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Fin De Vie Et Démocratie : Quand La Parole Citoyenne Est Mise À L’Épreuve

Éthique Publique Et Responsabilité Politique

Ce Que Le Respect Du Collectif Exige De Nos Institutions

Dès lors que l’on considère la démocratie comme un engagement vivant entre les citoyen·ne·s et les institutions, il devient évident que la parole collective ne peut être traitée comme un simple décor du jeu politique. La Convention citoyenne sur la fin de vie avait incarné cette exigence : offrir un espace où des personnes ordinaires, informées, accompagnées, contradictoirement exposées aux arguments, puissent délibérer sur ce qui touche au plus intime et au plus universel à la fois. Elle portait une promesse éthique forte : celle d’une démocratie qui écoute avant de décider.

Or, lorsque la représentation parlementaire choisit de s’écarter frontalement de cette parole construite, c’est toute la hiérarchie des valeurs démocratiques qui se trouve interrogée. Il ne s’agit pas d’exiger une soumission mécanique du pouvoir législatif aux conventions citoyennes, mais de rappeler que leur travail engage une responsabilité morale : celle de ne pas mépriser ce qui a été patiemment élaboré au nom du bien commun.

La fin de vie n’est pas un thème technique. Elle touche à la dignité, à la vulnérabilité, à la liberté, à la protection des plus fragiles. Autrement dit, elle relève directement de l’éthique politique. La morale fixe des repères personnels sur le bien et le mal ; l’éthique, elle, interroge ce que la société juge juste dans un cadre collectif. En politique, cette distinction devient décisive : il ne s’agit pas d’imposer une morale individuelle, mais de construire une éthique commune capable d’accueillir la pluralité des consciences.

C’est précisément ce qu’avait réussi la Convention citoyenne. Son consensus massif sur le renforcement des soins palliatifs, et son soutien majoritaire à une aide à mourir strictement encadrée, témoignaient d’un raisonnement nuancé : protéger la vie sans nier la souffrance, garantir la liberté sans abandonner la responsabilité collective. Cette tension assumée est la marque des démocraties adultes.

Les travaux de John Dewey rappellent que « La démocratie n’est pas seulement un régime politique, c’est une manière de vivre ensemble », John Dewey. Cette phrase engage bien plus qu’un idéal abstrait : elle implique une éthique de l’écoute, du respect et de la confiance mutuelle. Lorsque la parole citoyenne est ignorée, ce n’est pas seulement une procédure qui est fragilisée, mais une manière d’habiter le politique.

Il serait pourtant trop simple d’opposer brutalement citoyen·ne·s et parlementaires. La tension entre représentation et participation est constitutive de nos régimes. Mais cette tension ne devient féconde que si chaque partie reconnaît la légitimité de l’autre. Lorsque l’une se ferme, l’autre se dessèche. La démocratie ne se mesure alors plus à la qualité du débat, mais à la solidité des rapports de force.

La Convention citoyenne avait démontré que la délibération pouvait être exigeante sans être violente, rationnelle sans être froide, émotionnelle sans être irrationnelle. Elle avait rappelé que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse politique, mais un point d’appui pour construire une société plus juste. Refuser d’en tenir compte revient à nier que l’expérience humaine puisse éclairer la loi.

Cette situation révèle une question plus large : que valent nos institutions si elles n’intègrent pas les formes nouvelles de participation qu’elles ont elles-mêmes créées ? La démocratie ne peut se contenter d’organiser la parole ; elle doit accepter d’en être transformée. Sans cela, la participation devient une mise en scène, et non un acte politique réel.

Reste alors une responsabilité collective. Continuer à défendre des espaces de délibération, exiger leur respect, rappeler que la dignité humaine ne se hiérarchise pas selon les bancs occupés. La fin de vie n’est pas seulement une affaire médicale ou juridique : elle est un test moral pour la République. Et une démocratie se juge toujours à la manière dont elle traite les plus vulnérables et celleux qui parlent en leur nom.

(Cette exigence n’est pas une radicalité politique, mais une fidélité aux principes mêmes de l’État de droit.)

L’enjeu n’est donc pas de désigner des coupables, mais de rappeler une orientation : une politique éthique est une politique qui accepte d’être déplacée par la parole citoyenne. C’est à cette condition que la démocratie reste un projet vivant, et non une forme figée.


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