Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

, , , ,

Masculinisme : Quand La Peur Se Déguise En Force

Masculinisme : Quand La Peur Se Déguise En Force

L’Égalité Ne Fait Pas Trembler La Dignité

Éloge De La Justice Et Blâme De La Domination

Il est des colères qui élèvent, et d’autres qui rapetissent. Il est des combats qui éclairent, et d’autres qui obscurcissent. Le masculinisme, dans sa crispation, n’est pas l’expression d’une force sûre d’elle-même, mais la manifestation d’une fragilité qui se drape d’arrogance pour masquer son vertige. Là où l’égalité appelle à la rencontre, il répond par la barricade ; là où la dignité invite au partage, il choisit l’affrontement. Et cette dissonance morale, aujourd’hui, ne relève plus seulement du débat d’idées : elle engage la sécurité, la paix sociale et la santé symbolique de notre époque.

Reconnaître le masculinisme comme un enjeu de sécurité publique, c’est admettre que certaines peurs privées se muent en dangers collectifs. Ce mouvement ne naît pas d’un désir de justice, mais d’une angoisse face à la perte d’un privilège autrefois perçu comme naturel. Il ne s’agit pas d’une revendication d’égalité, mais d’une tentative de restauration d’un ordre hiérarchique, figé, rassurant pour celleux qui confondent pouvoir et valeur. L’égalité, pourtant, ne retire rien : elle restitue à chacun et chacune la pleine mesure de son humanité.

Le masculinisme prospère sur une illusion : celle selon laquelle l’émancipation des femmes constituerait une dépossession pour les hommes. Cette illusion, entretenue par des discours simplistes et rageurs, fabrique un ressentiment qui se veut viril mais qui trahit une incapacité à grandir. Car la maturité n’est pas la domination, elle est la responsabilité. La véritable assurance ne s’érige pas contre l’autre, elle se construit avec l’autre. Là où le masculinisme piétine, l’égalité avance ; là où il crie, l’égalité dialogue ; là où il accuse, l’égalité répare.

Les réseaux sociaux, vastes chambres d’écho émotionnelles, accélèrent cette dérive. En quelques instants, une personne vulnérable peut être exposée à un flot de discours qui transforment la frustration intime en certitude idéologique. Ce qui n’était qu’un malaise devient une doctrine ; ce qui n’était qu’un doute devient une hostilité. La répétition agit comme un marteau, façonnant une vision du monde où l’autre est une menace, où la femme devient un symbole à abattre plutôt qu’une personne à rencontrer.

(Ce mécanisme d’amplification émotionnelle est au cœur de nombreuses radicalisations contemporaines.)

Or, la haine ne surgit jamais du néant. Elle naît d’une peur mal reconnue, d’un sentiment d’inadéquation, d’une incapacité à se penser autrement que comme détenteur d’un privilège. La virilité authentique, celle qui honore l’humain, n’a rien à voir avec la crispation ni avec l’agressivité. Elle s’exprime dans la capacité à douter, à écouter, à transformer ses propres représentations. Le masculinisme, lui, s’accroche à une virilité de façade, bruyante, fragile comme une armure de verre.

Comme l’écrivait Hannah Arendt, « La haine commence quand l’autre est perçu comme responsable de notre propre souffrance ». Cette phrase, d’une clarté implacable, éclaire la logique masculiniste : la souffrance personnelle y est déplacée, projetée, déposée sur les femmes comme sur un bouc émissaire commode. Mais aucune guérison ne naît de l’accusation. Aucune paix ne s’enracine dans la désignation d’un ennemi.

Le sexisme hostile est la version brutale de cette logique. Il frappe, il humilie, il menace. Le sexisme paternaliste en est la version policée, enveloppée de bienveillance apparente. L’un crie, l’autre murmure, mais tous deux enferment. L’un terrorise, l’autre infantilise. L’un détruit ouvertement, l’autre érode lentement. Et dans les deux cas, c’est la même négation de l’autonomie et de la dignité qui se joue.

Prévenir ne signifie pas stigmatiser. Protéger ne signifie pas surveiller aveuglément. Prévenir, c’est offrir des espaces où la parole peut se déposer sans se transformer en arme. C’est reconnaître que les jeunes hommes aussi ont besoin de récits qui ne confondent pas puissance et brutalité, autorité et domination, identité et exclusion. La prévention véritable est un acte de confiance dans la capacité humaine à évoluer.

Nous vivons une époque charnière. Une époque où l’égalité cesse d’être une promesse abstraite pour devenir une réalité tangible, donc dérangeante pour celleux qui avaient bâti leur identité sur l’inégalité. Ce trouble n’est pas une catastrophe : il est une naissance. Toute transformation profonde s’accompagne de résistances. Mais l’histoire enseigne que ce sont les forces de justice, non celles de la peur, qui finissent par tracer la voie commune.

L’égalité n’humilie personne. Elle libère. Elle n’efface pas les différences, elle les rend fécondes. Et face aux discours qui trépignent dans la nostalgie d’un pouvoir perdu, elle oppose la grandeur tranquille de la dignité partagée. C’est là sa plus éclatante victoire.

Car ce qui tremble devant l’égalité n’est pas la force : c’est la fragilité qui refuse de grandir.


En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire