Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Obsèques : Quand La Mémoire Retrouve Le Souffle Du Vivant

Honorer Sans Enfermer

Offrir Au Souffle La Liberté Du Retour

C’est en découvrant le rituel pesant des obsèques d’une amie chère, entre messe, église et cimetière sinistre, les tombes et croix menaçantes, que m’est venu l’envie d’écrire comment je vois et organiserais mes obsèques.

Respirons un instant. Laissons le silence s’installer comme une clairière intérieure. Il y a des questions que l’on n’ose pas toujours formuler, tant elles touchent à l’intime, à l’invisible, à ce qui nous dépasse. Et pourtant, elles murmurent en nous avec constance : comment désirons-nous être honorées lorsque notre souffle aura quitté le corps ? Où souhaitons-nous que notre mémoire se pose ? Dans quelle forme de présence voulons-nous encore dialoguer avec le vivant ?

De plus en plus de personnes ressentent le besoin de sortir des espaces clos, normés, saturés de signes hérités de systèmes de pensée qui ne leur ressemblent plus. Non par rejet, mais par fidélité à une vérité intérieure. Le cimetière, pour certain·e·s, est devenu un lieu de séparation, de figement, parfois même de dissonance. Il n’abrite plus l’élan du souvenir, mais une architecture de l’oubli immobile. Alors, une autre voie se dessine, plus fluide, plus humble, plus ouverte : celle de la pleine nature.

La dispersion des cendres en milieu naturel n’est pas un effacement. C’est un retour. Un geste de confiance offert aux cycles, aux vents, aux eaux, aux sols. Ce n’est pas un abandon, mais une manière de dire : la trace n’a pas besoin d’être visible pour être réelle. La mémoire ne se grave pas seulement dans la pierre, elle circule dans la conscience, dans l’amour transmis, dans la qualité de présence que l’on a semée.

Dans cette perspective, le choix de confier ce geste à des professionnel·les, dans un lieu inconnu, sans possibilité de revisite, peut devenir une forme d’abandon paisible, presque une offrande. Une manière de ne pas enfermer les proches dans une obligation de pèlerinage, de ne pas créer de point fixe qui deviendrait une injonction. La mémoire devient alors un espace intérieur, libre, mouvant, respirant.

Comme l’écrit l’anthropologue David Le Breton : « Ce qui fait la valeur d’un rite, ce n’est pas sa fixité, mais sa capacité à créer du lien ». David Le Breton. Cette phrase éclaire profondément ce déplacement symbolique. Le lien n’a pas besoin d’un lieu assigné pour exister. Il a besoin de sincérité, de justesse, d’un accord entre l’acte et l’être.

Certain·e·s s’inquiètent de l’absence de trace matérielle. Ils craignent l’oubli, la dissolution, la perte. Mais l’oubli ne naît pas de l’absence de monument ; il naît de l’absence de présence. Et la présence, elle, se cultive dans les gestes du quotidien, dans la manière dont on parle, dont on aime, dont on transmet.

Choisir la pleine nature, c’est aussi reconnaître que nous ne sommes pas propriétaires de la terre, mais invitées en son sein. C’est accepter que notre passage soit léger, que notre empreinte soit une vibration plutôt qu’une occupation. C’est une écologie de la mémoire, fondée sur la sobriété, le respect et l’humilité.

Peut-être pouvons-nous nous demander doucement : où mon cœur se sent-il en paix ? Ai-je besoin d’un lieu pour me souvenir, ou d’un souffle pour me relier ? Est-ce la fixité qui m’apaise, ou la circulation ?

Dans la vie quotidienne, cette sagesse se traduit par une attention plus grande à la manière dont nous honorons celleux qui sont encore là. Par la qualité de nos présences, par la délicatesse de nos gestes, par la clarté de nos choix. La mort, alors, cesse d’être une rupture brutale ; elle devient une continuité discrète, une respiration élargie.

Offrir ses cendres au hasard de la nature, c’est faire confiance à la vie pour porter la mémoire mieux que n’importe quel monument. C’est dire : je ne vous laisse pas un lieu à garder, je vous laisse une liberté à habiter. Et cette liberté est peut-être le plus doux des héritages.


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