Quand Le Corps Parle Plus Vite Que Les Normes
Comprendre La Fluidité Comme Une Réponse Sensible À L’Inachevé
Si j’en crois l’observatoire européen de la sexualité féminine « Ifop Group », 1 femme sur 3 a une vie sexuelle qui ne lui convient pas, pire encore, 51 % des femmes seulement ont un orgasme dans une relation sexuelle hétéro alors qu’elles sont pratiquement à 100 % dans une relation homosexuelle et dans la masturbation. C’est là que se trouve le pourquoi de la fluidité des femmes.
Cette phrase résonne en moi comme un constat à la fois lucide et profondément humain. Elle ne parle pas de chiffres abstraits, elle parle de corps qui cherchent, de cœurs qui s’ajustent, et d’un désir qui tente de trouver sa juste place dans un monde encore largement structuré par des normes masculines. La fluidité n’est pas une instabilité. Elle est peut-être, au contraire, une forme de fidélité à soi.
La sexualité féminine se déploie rarement comme une mécanique prévisible. Elle se tisse de sensations, de confiance, de sécurité intérieure, d’écoute mutuelle. Lorsque ces éléments manquent, le désir ne disparaît pas nécessairement : il se déplace, il se transforme, il cherche d’autres chemins pour s’exprimer. Ce que nous appelons « fluidité » pourrait alors être compris comme une capacité d’adaptation émotionnelle et corporelle face à une expérience sexuelle incomplète ou insatisfaisante.
Les données montrant que l’orgasme féminin est bien plus fréquent dans la masturbation ou les relations homosexuelles féminines interrogent nos modèles relationnels. Elles suggèrent que lorsque le rythme, l’écoute et la connaissance du corps sont respectés, le plaisir devient presque naturel. Ce n’est pas un hasard si ces contextes sont souvent décrits comme plus attentifs, plus égalitaires, moins soumis à la performance.
Je crois profondément que la fluidité du désir féminin est une forme de sagesse corporelle. Elle ne trahit pas une hésitation identitaire, mais une recherche de cohérence. Quand une relation ne nourrit pas pleinement le corps et l’âme, le désir ne se ferme pas : il explore. Il teste d’autres territoires où il pourra se sentir accueilli sans tension ni justification.
Une phrase de la philosophe Simone de Beauvoir éclaire cette dynamique avec justesse : « On ne naît pas femme : on le devient ».
Cette citation nous rappelle que la sexualité n’est jamais figée. Elle est façonnée par l’histoire personnelle, l’éducation affective, les modèles culturels et les espaces de liberté que chacun·e s’autorise. La fluidité devient alors un langage intime par lequel le corps dit ce qui lui manque et ce qui le nourrit.
Les travaux de Lisa Diamond sur la plasticité de l’orientation sexuelle féminine, ceux de Rosemary Basson sur la réponse sexuelle contextuelle, ou encore les recherches de Shere Hite sur l’orgasme féminin convergent vers une même idée : le désir féminin est relationnel, évolutif et profondément lié à la qualité de l’expérience vécue.
Il ne s’agit pas d’opposer les relations hétérosexuelles aux autres formes de liens. Il s’agit de reconnaître que beaucoup de femmes ont appris à composer avec des cadres qui ne leur donnaient pas toujours l’espace nécessaire pour explorer leur propre rythme. La fluidité apparaît alors comme une respiration, une possibilité de réajustement intérieur.
Je me demande souvent : et si la fluidité n’était pas un signe de confusion, mais un signe de lucidité ? Et si elle était une manière douce et courageuse de dire : mon désir mérite d’être entendu, respecté, honoré ?
Dans cette perspective, la fluidité n’est pas une anomalie. Elle est un mouvement vivant, un dialogue constant entre le corps et l’expérience. Elle rappelle que la sexualité ne se réduit pas à une orientation fixe, mais qu’elle est un espace de conscience, d’apprentissage et de réparation parfois.
Peut-être que la question n’est pas : « Pourquoi les femmes sont-elles plus fluides ? », mais plutôt : « Que révèle cette fluidité de ce qui reste à transformer dans nos manières d’aimer, d’écouter et de rencontrer l’autre ? »






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