Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

, , ,

Pilules, Désir, Addiction Et Addition Salée

Pilules, Désir, Addiction Et Addition Salée

Chronique D’Un Rendez-Vous Presque Ordinaire

Quand Le Plaisir Se Prend En Pharmacie

Que feriez-vous si lors d’un date votre hypothétique coup d’un soir vous sortait son pilulier pour vous inviter à prendre un stimulant « chemsex » ? C’est ce qui m’est arrivé et ça m’a mise en rogne, je l’ai laissé prendre la sienne et ensuite, je l’ai laissé sur sa béquille en lui souhaitant une bonne soirée et la note du resto.

Il y a des soirées qui commencent comme un vaudeville moderne. Un restaurant correct, une conversation fluide, ce léger espoir que l’humanité ne se résume pas à un fil d’actualité anxiogène. Puis vient ce moment de flottement, celui où l’autre fouille dans sa poche avec l’air appliqué d’un·e patient·e modèle. On pourrait presque croire à un traitement contre l’hypertension, ou à une vitamine C tardive. Erreur de casting. Ce n’est pas le corps qu’on soigne, mais l’instant qu’on dope.

Le chemsex aime se présenter comme une audace festive, une liberté chimique censée fluidifier les corps et dissoudre les inhibitions. Il promet l’intensité sans la rencontre, l’extase sans la fatigue, le lien sans l’altérité. L’argumentaire est rodé, presque marketing. On avale, on sniffe, on injecte, et surtout on ne ressent plus rien de ce qui dépasse. Ni le doute, ni la solitude, ni cette petite voix intérieure qui demande pourquoi il faut autant de produits pour supporter un dîner à deux.

Le corps, lui, encaisse, jusqu’à la rupture. Surdosages, pertes de conscience, oublis de (PrEP), dissociations prolongées. La chimie n’a jamais été une bonne thérapeute de l’intime. Claude Olievenstein l’avait résumé avec une sobriété cruelle : « La drogue ne supprime pas la souffrance, elle en diffère seulement l’échéance », Claude Olievenstein. Tout est dit, et surtout ce qui revient toujours, à la fin.

Car derrière la pilule se cache souvent une histoire cabossée. Traumatismes, violences, rejet, solitude affective. Le chemsex ne crée pas ces failles, il les exploite avec une efficacité industrielle. Il transforme la sexualité en procédure, le désir en performance, l’autre en accessoire interchangeable. On ne rencontre plus, on consomme. Et parfois, quand il n’y a plus personne à consommer, on continue seul·e, par fidélité au produit.

Les espaces de soin qui fonctionnent le mieux l’ont compris : il ne s’agit pas de moraliser mais de réhumaniser. Redonner une place à la parole, au récit, à la lenteur. Substituer l’agir par le dire, sans héroïsme ni injonction à la guérison spectaculaire. Revenir au monde ordinaire demande du temps, des liens fiables, et parfois un solide sens de l’addition à régler.

Le chemsex n’est pas une marginalité exotique, c’est un symptôme. Celui d’une époque qui confond liberté et anesthésie, désir et rendement. On peut sourire de ces piluliers sortis à table, mais il vaut mieux en comprendre la logique. Refuser la pilule n’est pas refuser l’autre, c’est parfois refuser de se dissoudre avec.


En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire