Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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La Corse Face À L’épreuve Du Réel

La Corse Face À L’épreuve Du Réel

Quand La Drogue Redessine Le Paysage Social

Et Que La Solidarité Devient Une Cible

Il y a des basculements qui ne font pas de bruit institutionnel, mais qui résonnent dans le quotidien. En Corse, le changement ne se lit plus seulement dans les rapports administratifs ou les discours politiques. Il se voit dans les rues, se vit dans les familles, s’impose aux professionnel·les de terrain. Ce qui s’installe aujourd’hui relève moins d’une crise ponctuelle que d’une mutation profonde, rapide, brutale, et largement sous-estimée.

La diffusion massive de la cocaïne en est l’un des marqueurs les plus inquiétants. Longtemps perçue comme un produit marginal, réservé à certains cercles, elle a remplacé le cannabis dans de nombreux usages. Elle circule partout, à toute heure, sans distinction sociale ni territoriale. Ce que décrivent les forces de l’ordre n’est pas une dérive isolée, mais une banalisation. Or, la banalité est toujours le seuil le plus dangereux. Comme l’écrivait Albert Camus, « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». En refusant de regarder ce phénomène en face, nous contribuons à son enracinement.

Face à cette réalité, l’État a réagi. Pôles spécialisés, dispositifs renforcés, coordination accrue entre services : sur le papier, l’arsenal existe. Mais l’écart entre l’ingénierie institutionnelle et la réalité du terrain est devenu criant. Les réseaux criminels, eux, évoluent vite. Ils se fragmentent, se recomposent, exploitent chaque faille. Les équipes d’enquête sont saturées, les procédures s’empilent, les moyens humains et matériels peinent à suivre. Sans police en capacité d’agir durablement, aucune politique pénale ne peut tenir. Ce constat n’est pas une critique idéologique, mais une évidence opérationnelle.

Le point de bascule le plus grave concerne la jeunesse. Une jeunesse exposée très tôt, happée par un poison désormais accessible à bas bruit, séduite par une économie parallèle qui promet des revenus rapides et une reconnaissance immédiate. Ce mirage social prospère sur les fragilités existantes : manque de perspectives, sentiment d’abandon, rupture de confiance. Laisser faire, c’est accepter que toute une génération paie le prix de notre renoncement collectif.

À cette violence diffuse s’est ajoutée une autre, plus symbolique encore. Le vandalisme visant les locaux et les véhicules de la Protection Civile de Corse et de l’ADRASEC 2A n’est pas un simple fait divers. S’attaquer à des bénévoles, c’est s’en prendre au cœur même du bien commun. Dégrader des ambulances, saboter du matériel de secours, c’est fragiliser la capacité de la société à se protéger elle-même. Ces actes disent quelque chose d’un climat où la transgression ne rencontre plus de limites claires, où la solidarité devient une cible parmi d’autres.

Certaines voix objecteront que la Corse n’est pas un cas isolé, que ces phénomènes traversent l’ensemble du territoire national. C’est vrai. Mais la spécificité insulaire, la densité des réseaux, la rapidité de diffusion imposent une vigilance accrue. Comparer pour relativiser revient souvent à différer l’action. Or, ce qui se joue ici concerne la cohésion sociale, la sécurité collective et la dignité humaine.

Nous sommes donc face à un choix. Continuer à faire semblant, multiplier les annonces sans redonner de moyens réels, ou assumer une réponse à la hauteur des enjeux. Cela suppose de renforcer les capacités opérationnelles, mais aussi de soutenir celleux qui tiennent le tissu social : éducateurs, soignant·e·s, bénévoles, forces de sécurité. Cela suppose surtout de refuser l’indifférence.

Ce que nous tolérons aujourd’hui dessine le monde de demain. La Corse n’est plus à l’abri. Elle est en première ligne. Et ce qui s’y joue nous concerne toutes et tous. La question n’est pas seulement sécuritaire. Elle est morale, politique et profondément humaine.


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