Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Quand Le Cancer Devient Un Révélateur Politique

Santé Publique, Intérêts Privés Et Responsabilité Collective

Pour Retrouver De La Sérénité Dans Nos Corps Et Nos Vies

Il arrive qu’un livre ouvre une brèche, en l’occurrence, « Quand on tombe malade du cancer, nos corps rapportent de l’argent » de Fleur Breteau. Pas une colère explosive, mais une lucidité durable, presque glacée, qui oblige à regarder autrement ce que l’on croyait relever du hasard ou de la fatalité. La maladie grave, et le cancer en particulier, fait partie de ces expériences qui déplacent le regard. Elle interroge non seulement le corps, mais aussi l’organisation de nos sociétés, nos choix collectifs, et la place accordée à la prévention. Ce texte s’inscrit dans cette prise de conscience : comprendre pour ne plus subir, informer pour retrouver un pouvoir d’agir, sans jamais céder à l’angoisse ni à la culpabilité.

Pendant longtemps, le cancer a été raconté comme une épreuve individuelle, intime, presque silencieuse. Or, les données épidémiologiques montrent une progression constante des cancers et des maladies environnementales, y compris chez les personnes jeunes. Ce basculement oblige à élargir la focale : lorsque des pathologies deviennent massives, elles cessent d’être uniquement médicales et deviennent sociales, économiques et politiques. Les causes ne sont pas réductibles à des comportements personnels. Elles s’inscrivent dans un environnement saturé de substances chimiques, présentes dans l’air, l’eau, l’alimentation, les sols.

L’exposition chronique aux pesticides, aux PFAS et aux perturbateurs endocriniens constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Ces molécules, souvent invisibles, agissent à bas bruit. Elles fragilisent les équilibres hormonaux, affectent la fertilité, augmentent les risques de cancers et de maladies chroniques. La prévention, pourtant reconnue comme le levier le plus efficace à long terme, reste le parent pauvre des politiques publiques. Le principe de précaution, fondement démocratique essentiel, se trouve régulièrement contourné au nom de la compétitivité économique ou de la productivité agricole.

Ce choix collectif a un coût humain et financier considérable. Le cancer représente aujourd’hui l’un des premiers postes de dépenses de l’Assurance maladie. Derrière les chiffres, il y a des vies bouleversées, des parcours de soins lourds, une fatigue physique et psychique durable. Il existe aussi un paradoxe troublant : les mêmes groupes industriels peuvent être impliqués à la fois dans la production de substances toxiques et dans celle de traitements médicaux. Cette réalité nourrit une défiance croissante et un profond malaise éthique. Comme l’écrivait Ivan Illich, « La médecine moderne a dépassé un seuil où elle devient une menace pour la santé », Ivan Illich. Cette phrase ne condamne pas les soignantes et soignants, mais interroge un système où la logique marchande peut primer sur l’intérêt général.

Les inégalités face à la maladie sont également genrées et sociales. Les corps féminins, plus sensibles aux perturbations hormonales, sont davantage exposés aux effets de nombreux pesticides. Les trajectoires de soins montrent aussi une charge mentale et émotionnelle souvent assumée en solitude. À cela s’ajoutent les inégalités territoriales et professionnelles : certaines activités et certains lieux de vie exposent davantage que d’autres, sans que cela relève d’un choix individuel éclairé.

Face à ce constat, il serait tentant de céder au découragement. Pourtant, des pistes existent. Réduire l’exposition passe par des gestes progressifs et accessibles : privilégier une alimentation issue de filières respectueuses des sols, protéger les sources d’eau, limiter les produits ultra-transformés, soutenir les agricultures qui prennent soin du vivant. Ces choix ne sont ni parfaits ni immédiats. Ils s’inscrivent dans une démarche d’écoute de soi et de cohérence, sans injonction ni obsession de pureté.

Il est tout aussi essentiel de rappeler que chaque parcours est singulier. S’informer ne remplace jamais un suivi médical, et consulter un professionnel de santé reste une étape clé dès que des doutes ou des symptômes apparaissent. La responsabilité ne doit jamais être déplacée sur les individus, mais partagée collectivement.

Retrouver de la sérénité passe par une reconquête du commun. Encadrer strictement les intérêts privés, remettre la prévention au cœur des politiques publiques, soutenir celleux qui protègent la terre et l’eau, sont des choix profondément liés à notre bien-être présent et futur. Il ne s’agit pas de promettre un monde sans maladie, mais de construire un environnement qui cesse de les fabriquer. Cette perspective, loin d’être naïve, est peut-être l’une des formes les plus concrètes de l’espoir.


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