Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Pourquoi Les Partis de Gauche Peinent à Tenir Leurs Promesses

Pourquoi Les Partis de Gauche Peinent à Tenir Leurs Promesses

Comprendre Les Dissonances Entre Discours et Réalité

Une Lecture Sociologique Du Pouvoir Politique

Faire parler un responsable politique sur son programme, c’est souvent tester la solidité d’une promesse plus que la réalité d’un projet. L’histoire récente du Parti socialiste en offre une illustration presque pédagogique. À chaque séquence budgétaire, les mêmes annonces martiales, les mêmes « lignes rouges », les mêmes engagements présentés comme non négociables. Et, presque mécaniquement, le même atterrissage en douceur du côté du compromis, voire de la capitulation. La répétition est si frappante qu’elle finit par interroger moins la conjoncture que la structure même du rapport entre un parti et son électorat.

Le contexte est pourtant connu. En 2024 comme en 2025, des exigences sont posées haut et fort : retour à l’âge légal de départ à la retraite, taxation des grandes fortunes, refus du recours au 49.3. Ces positions ne sont pas marginales dans l’espace public. Elles font écho à des attentes sociales réelles, documentées, débattues. Mais ce qui se joue ne se situe pas seulement dans l’arène institutionnelle. Il se joue ailleurs, dans une zone moins visible et pourtant décisive : la sociologie électorale.

Car un parti ne pèse jamais uniquement par son nombre d’élu·e·s. Il pèse par ce que son électorat est prêt à accepter, à tolérer, à soutenir, y compris dans le conflit. C’est là que la mécanique se grippe pour le Parti socialiste. Son électorat se reconnaît volontiers dans un discours de justice sociale, mais demeure profondément réticent à toute stratégie de rupture qui mettrait en péril une stabilité économique dont il bénéficie largement. Cette dissonance crée une fragilité structurelle. Les menaces de censure deviennent peu crédibles, non parce qu’elles seraient juridiquement infondées, mais parce qu’elles seraient politiquement coûteuses vis-à-vis de la base électorale.

La droite, elle, a intégré cette donnée depuis longtemps. Elle sait que l’intransigeance est une ressource quand l’électorat la soutient. Là où un camp peut aller jusqu’au blocage sans craindre de sanction interne, l’autre doit sans cesse composer, temporiser, expliquer. « La victoire n’appartient pas aux armées plus nombreuses, mais aux armées plus décidées », écrivait Sun Tzu. Cette maxime ancienne éclaire avec une acuité troublante les rapports de force contemporains.

Les concessions dites sociales accordées aux socialistes relèvent alors moins d’un infléchissement de fond que d’une stratégie de façade. La généralisation du repas à un euro pour les étudiant·e·s en est un exemple révélateur. Présentée comme un geste en direction des plus précaires, la mesure bénéficie surtout à des publics qui n’étaient pas jusque-là éligibles, tandis que les plus modestes y avaient déjà accès (comme l’ont rappelé les structures publiques concernées). L’enjeu réel n’est pas redistributif, il est symbolique. Il s’agit de permettre à un partenaire politique de sauver la face sans remettre en cause l’essentiel.

À ce stade, certain·e·s objecteront que la responsabilité commande d’éviter les crises institutionnelles, que gouverner suppose l’art du compromis. L’argument mérite d’être entendu. Mais il devient fragile lorsqu’il est mobilisé de manière asymétrique. Quand le compromis est toujours demandé aux mêmes, il cesse d’être une vertu pour devenir une contrainte. Et surtout, il masque une réalité plus dérangeante : l’écart croissant entre un discours de gauche et une base sociale désormais très proche du centre droit.

C’est ce décalage qui explique en grande partie la recomposition politique opérée depuis une décennie. Emmanuel Macron n’a pas tant conquis un espace nouveau qu’il a rendu cohérente une orientation déjà à l’œuvre, assumant clairement la convergence d’intérêts entre classes intermédiaires supérieures et capital financier. Beaucoup s’en sont étonné·e·s après coup. Mais les trajectoires, les votes passés, les silences aussi, étaient déjà là.

L’élection de 2027 ne se jouera pas seulement sur des programmes. Elle se jouera sur des électorats, sur ce que chacun est prêt à défendre réellement, au-delà des mots. Avant de se dire déçu·e, il faudra regarder lucidement à qui l’on confie le pouvoir, et sur quelle base sociale ce pouvoir repose. Un programme n’est jamais plus radical que l’électorat qui le soutient. Refuser de voir cette réalité, c’est s’exposer à la répétition indéfinie des mêmes désillusions.

Sources principales :

  1. La Démocratie Contre Elle-Même – 2017
  2. La Société Des Électeurs – 2019
  3. Le Vote Et Les Classes Sociales – 2021
  4. Gouverner Par Le Compromis – 2023

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