Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Quand Le Logement Devient Une Ligne De Fracture Sociale

Quand Le Logement Devient Une Ligne De Fracture Sociale

Habiter N’Est Plus Évident

Pourquoi La France Doit Changer De Cap

Il suffit parfois d’un chiffre pour faire basculer une réalité abstraite dans le concret. En France, le taux d’effort consacré au logement dépasse désormais 20 % du revenu moyen, et grimpe bien au-delà pour les ménages les plus modestes. Derrière cette moyenne se cache une expérience largement partagée : celle d’un logement trop cher, trop petit, trop éloigné, ou tout simplement inaccessible. Habiter, aujourd’hui, n’est plus une évidence mais une épreuve.

Ce constat n’est ni anecdotique ni conjoncturel. Il s’inscrit dans un moment précis, marqué par un recul prolongé de l’engagement public, par des arbitrages budgétaires contraints, et par une crise immobilière qui s’installe durablement. Le logement est redevenu un sujet politique central parce qu’il touche à la dignité, à la stabilité et à la possibilité même de se projeter. Sans logement adapté, aucune politique sociale, éducative ou écologique ne tient longtemps.

Depuis une quinzaine d’années, l’action publique française en matière de logement s’est fragmentée. Les aides ont diminué en proportion du produit intérieur brut, les dispositifs se sont succédé sans continuité claire, et les acteurs du logement social ont été mis sous pression. Cette instabilité a fragilisé un secteur qui exige, au contraire, de la durée, de la lisibilité et de la confiance. Pierre Bourdieu rappelait avec justesse que « le logement n’est pas un bien comme les autres ». Il structure les trajectoires de vie, fige ou libère les choix, conditionne l’accès à l’emploi comme à la santé.

Face à cette situation, une réponse revient souvent : construire plus. Elle est nécessaire, mais insuffisante. La raréfaction du foncier dans les zones tendues, la hausse de son coût et les contraintes environnementales imposent de penser autrement la production de logements. Densifier sans dégrader, transformer sans exclure, réhabiliter sans spéculer : l’équation est complexe. Les logements vacants et les résidences secondaires, qui représentent près d’un cinquième du parc dans certaines zones, cristallisent les tensions locales. Pourtant, toute vacance n’est pas mobilisable, et croire à une solution unique serait une illusion dangereuse.

Le cœur du malaise reste le prix. La hausse continue du coût du logement érode le pouvoir d’achat plus sûrement que la stagnation des salaires. Les personnes locataires du secteur privé aux revenus modestes consacrent parfois près de la moitié de leurs ressources à se loger. Cette pression financière restreint les choix de vie, retarde les projets, accentue les renoncements. Le logement n’appauvrit pas seulement, il enferme.

Certaines voix avancent que le marché finira par s’autoréguler, ou que l’accession à la propriété doit rester la priorité. Ces arguments méritent d’être entendus, mais ils ne résistent pas à l’examen. Un marché sous tension durable ne s’équilibre pas spontanément, et l’obsession de la propriété laisse de côté une réalité sociale : mobilité professionnelle, recomposition familiale, parcours de vie discontinus. Un marché locatif accessible et sécurisé est une condition de liberté, pas un pis-aller.

Ma position est claire. Le logement doit être pensé comme un pilier de justice sociale et territoriale, et non comme un simple levier économique ou fiscal. Cela suppose de rééquilibrer les priorités entre accession, location et logement social, de donner des marges d’action aux collectivités locales sans créer de nouvelles inégalités, et d’assumer collectivement le coût de cette ambition. À l’heure où d’autres dépenses publiques augmentent, il faudra choisir. Ne pas choisir le logement, c’est accepter que la précarité s’installe durablement.

La question n’est donc pas seulement budgétaire. Elle est profondément politique. Quel droit d’habiter voulons-nous garantir ? À quelles conditions, et pour qui ? Ouvrir ce débat, c’est refuser les réponses simplistes et accepter la complexité. C’est aussi inviter chacune et chacun à penser le logement non comme un privilège, mais comme un socle commun à préserver et à reconstruire ensemble.

Sources principales :

  1. Rapport Sur L’État Du Mal-Logement En France – 2026
  2. Compte Du Logement – Édition 2025
  3. Les Structures Sociales De L’Économie – 2000
  4. Plan Européen Pour Des Logements Abordables – 2024

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