Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Restaurer La Confiance Locale, Une Urgence Politique Et Économique

Restaurer La Confiance Locale, Une Urgence Politique Et Économique

Quand La Défiance Devient Une Expérience Quotidienne

Pourquoi Les Territoires Sont Devenus Le Cœur Du Malaise Français

Il suffit parfois d’une conversation banale, sur un marché ou dans une salle d’attente, pour mesurer l’ampleur du décrochage. La défiance n’est plus une abstraction politique, elle s’est installée dans les gestes ordinaires, dans la manière de parler de son travail, de ses déplacements, de l’avenir de ses enfants. Ce qui se joue aujourd’hui en France n’est pas seulement une crise de représentation, mais une crise de vécu. Lorsque les efforts fournis ne se traduisent plus par une amélioration perceptible des conditions de vie, la confiance s’effondre, lentement mais durablement.

Ce malaise n’est ni homogène ni diffus. Il s’ancre dans des territoires précis, là où les transformations économiques se vivent sans toujours être comprises ni accompagnées. Les villes petites ou intermédiaires, les espaces périurbains, les zones éloignées des centres de décision concentrent cette fatigue démocratique. Les indicateurs nationaux peuvent s’améliorer, la réalité locale, elle, demeure souvent contrainte par la distance aux services, la dépendance à la voiture, la fragilisation des sociabilités.

Le mouvement des gilets jaunes a agi comme un révélateur brutal. Il a mis en lumière des trajectoires de vie cohérentes, construites sur des règles implicites devenues caduques. Travailler, accéder à la propriété, accepter l’éloignement pour vivre décemment devait constituer un compromis raisonnable. Or ce modèle s’est retourné contre celleux qui y ont cru. La hausse des coûts fixes, l’allongement des temps de transport et la raréfaction des services ont transformé l’effort en impasse. La colère exprimée n’était pas un refus de l’économie, mais la réaction à une promesse non tenue.

Cette rupture nourrit une défiance qui dépasse les institutions pour atteindre le lien social lui-même. Quand la réussite semble réservée à quelques pôles métropolitains, sans diffusion tangible vers les territoires voisins, le sentiment d’injustice devient plus corrosif que la baisse du revenu. Ce n’est pas tant la pauvreté qui mine la cohésion que l’impression persistante d’être invisible, inutile au récit collectif.

Certaines voix rétorquent que ces transformations seraient le prix inévitable de l’efficacité économique ou de la transition écologique. L’argument mérite d’être entendu. Mais il devient fragile lorsqu’il ignore la réalité vécue de celleux à qui l’on demande toujours davantage d’adaptation. Une politique écologiquement cohérente et économiquement rationnelle peut devenir socialement explosive si elle s’abat sur des quotidiens déjà saturés de contraintes. L’exigence de transition ne peut se construire sur un déficit de reconnaissance.

Pourtant, la confiance n’a pas disparu. Elle s’est déplacée. Les enquêtes d’opinion le montrent avec constance, la figure du maire demeure celle à qui l’on accorde le plus de crédit. Non par indulgence, mais parce que l’action locale est visible, incarnée, vérifiable. La commune reste un espace où la parole engage, où les décisions ont un visage. Comme l’écrivait Pierre Rosanvallon, « La démocratie est d’abord une affaire de relations de confiance ». Cette confiance-là ne se décrète pas, elle se construit dans la durée, par la cohérence entre les actes et les paroles.

Prendre au sérieux le bien-être local n’est donc pas un supplément d’âme, mais un choix politique structurant. Accès aux soins, mobilité quotidienne, commerces de proximité, lieux de sociabilité sont des infrastructures aussi essentielles que les routes ou le numérique. Les négliger fragilise le consentement à l’impôt, complique les réformes et pèse, à terme, sur la croissance elle-même. Une économie peut être performante et pourtant vulnérable si elle se coupe de ses territoires.

Je défends une conviction simple et exigeante. Restaurer la confiance locale, c’est accepter de déplacer le regard, de sortir d’une lecture uniquement agrégée des performances pour écouter les récits de vie. C’est donner aux collectivités les moyens d’agir sans leur faire porter des promesses intenables. C’est reconnaître que la prospérité nationale repose sur des équilibres humains, fragiles, mais décisifs.

La confiance ne reviendra ni par injonction ni par nostalgie. Elle se reconstruira à hauteur de quotidien, dans des territoires vivants, respectés et dotés de capacités réelles d’action. Investir dans cette confiance, c’est ouvrir un espace de débat, de responsabilité partagée et, peut-être, de réconciliation durable entre économie et démocratie.


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